Le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, a rencontré le 6 janvier 2026 les responsables de la société libanaise Averda pour relancer un partenariat visant la gestion des déchets dans la capitale congolaise, malgré l’échec d’un précédent contrat signé en 2017. Selon une communication du gouvernorat, les études techniques doivent débuter le 7 janvier 2026 dans le cadre du programme « Kinshasa Ezo Bonga », présenté comme une réponse à l’insalubrité chronique qui affecte durablement la ville.
Kinshasa se réveille une fois encore sous le même ciel lourd, saturé d’odeurs d’ordures et de promesses recyclées. La capitale congolaise, qui étouffe depuis des décennies sous le poids de ses déchets, s’apprête à renouer avec un partenaire déjà connu : la société libanaise Averda. L’annonce, faite à l’issue d’une rencontre tenue le 6 janvier 2026 entre le gouverneur Daniel Bumba et les responsables de l’entreprise, en présence des services provinciaux de l’assainissement, a été présentée comme le point de départ d’un nouveau chapitre dans la lutte contre l’insalubrité chronique qui ronge la ville.
Selon la communication officielle du gouvernorat, cette discussion devait poser les bases d’un partenariat censé améliorer le cadre de vie des habitants. Les études techniques, précise la même source, devaient débuter dès le 7 janvier 2026, prélude à des travaux annoncés « dans les prochaines semaines ». L’ensemble est intégré au programme « Kinshasa Ezo Bonga », vitrine politique de l’exécutif provincial pour la modernisation des services urbains et l’amélioration de la gouvernance locale.
Sur le papier, la promesse est familière. Trop familière. Car Kinshasa n’en est pas à sa première tentative avec Averda. En 2017 déjà, un contrat avait été signé. L’impact sur le terrain, lui, est resté imperceptible. D’après les éléments alors rendus publics, le partenariat s’était enlisé dans un différend administratif : l’entreprise exigeait des garanties financières et une avance de fonds, tandis que le gouvernement provincial attendait l’arrivée des équipements annoncés pour lancer les opérations. Le résultat est connu : rien n’a véritablement changé pour les habitants, qui continuent de vivre au milieu des décharges sauvages, des caniveaux obstrués et des inondations récurrentes.
Huit ans plus tard, le scénario semble se rejouer presque à l’identique. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, à quoi faut-il s’attendre sinon à une nouvelle désillusion ? Cette question, selon des observateurs urbains, ne relève pas du cynisme mais d’une mémoire collective trop souvent ignorée par les décideurs. Car la gestion des déchets à Kinshasa n’est pas seulement un problème technique : c’est un enjeu de santé publique, de justice sociale et de gouvernance. Chaque saison des pluies rappelle cruellement que l’absence de politique durable d’assainissement alimente les épidémies, détruit les écosystèmes urbains et frappe d’abord les quartiers populaires, ceux qui n’ont ni voix ni visibilité.
Averda, fondée en 1964 et basée à Dubaï, se présente comme un acteur majeur de la gestion des déchets et du recyclage dans les pays émergents. Le groupe revendique plus de 60 000 clients, publics et privés, et intervient dans des domaines allant de la collecte des ordures au traitement des déchets dangereux, y compris médicaux et chimiques. Il opère déjà dans plusieurs pays d’Afrique et du Golfe, notamment en République du Congo, au Gabon, en Angola, en Afrique du Sud et au Maroc. Ces éléments, factuels, nourrissent l’argumentaire des autorités provinciales. Mais ils n’effacent pas la question centrale : pourquoi ce qui n’a pas fonctionné hier fonctionnerait-il aujourd’hui, dans un contexte institutionnel et urbain toujours aussi fragile ?
À en croire certaines analyses, le véritable angle mort de ce dossier réside moins dans le choix d’un prestataire que dans l’absence persistante de mécanismes clairs de suivi, de redevabilité et de transparence. Qui contrôle ? Qui évalue ? Qui répond devant les Kinois lorsque les contrats s’évaporent et que les montagnes d’ordures demeurent ? En remettant ce partenariat sur la table sans bilan public détaillé de l’échec de 2017, l’exécutif provincial, sous la conduite de Daniel Bumba, engage sa responsabilité politique et morale. Il ne s’agit plus seulement d’annoncer des projets, mais de répondre à une population qui paie déjà le prix de l’aveuglement collectif.
Car l’avenir de Kinshasa — et au-delà, celui du Congo urbain — ne saurait appartenir à quelques décideurs ou opérateurs économiques, si leurs choix continuent de faire souffrir des millions d’autres. Pleurer l’insalubrité ne suffit plus. La dénoncer, la documenter et en nommer les responsables devient une exigence citoyenne. À défaut, la capitale risque de rester prisonnière de ce cycle où les mêmes contrats, signés avec les mêmes acteurs, produisent les mêmes impasses, pendant que la ville, elle, continue de s’enfoncer sous ses propres déchets.
Par kilalopress