Ituri : à l’issue d’un mois de formation, dix activistes se préparent à défendre terres et écosystèmes

À Bunia, en Ituri, la scène pourrait paraître modeste au regard des urgences environnementales qui traversent l’est de la République démocratique du Congo. Pourtant, pour une poignée d’acteurs locaux, la journée du samedi 31 janvier 2026 marque un jalon symbolique dans un combat plus large, souvent discret, mené à l’échelle des territoires. En ce jour, dix activistes ont reçu leurs brevets à l’issue d’un cycle de formation consacré à la justice environnementale, une initiative portée par le Forum des Engagés pour le Développement Durable (FORED), organisation non gouvernementale active dans la province.

La cérémonie s’inscrit dans le cadre du programme d’action de FORED intitulé « Éco-biodiversité, engagement communautaire pour la sauvegarde ». Derrière cette appellation, se dessine une ambition claire : renforcer les capacités des communautés locales afin qu’elles puissent comprendre, documenter et, le cas échéant, contester les atteintes portées à leurs terres, à leurs ressources et à leurs moyens de subsistance. Dans une province marquée par la pression foncière, l’exploitation des ressources naturelles et les conflits d’usage, la justice environnementale demeure un champ encore peu approprié par les populations directement concernées, estiment plusieurs observateurs du secteur.

Selon John Toli, directeur exécutif de FORED, les bénéficiaires ont suivi près d’un mois de formation couvrant des thématiques aussi diverses que stratégiques : souveraineté énergétique, souveraineté alimentaire, transition énergétique, changement climatique, mais aussi sécurité numérique et physique, sans oublier les bases du droit environnemental. Un contenu qui, d’après des sources proches de l’organisation, vise moins à produire des experts académiques qu’à outiller des relais communautaires capables d’agir sur le terrain, au contact des réalités locales.

« Aujourd’hui, nous avons procédé à la remise des certificats aux participants », a déclaré John Toli dans des propos recueillis par kilalopress.net. Une phrase sobre, qui masque toutefois l’enjeu plus large de cette formation : faire émerger, dans un contexte souvent défavorable, des voix locales aptes à dialoguer avec les autorités, les entreprises et les autres acteurs impliqués dans la gestion des ressources naturelles.

Au nom des lauréats, Shadrack Kikenye a pris la parole pour rappeler le sens que ces nouveaux activistes entendent donner à leur engagement. « Nous devons résister à ceux qui exploitent nos terres de manière illicite », a-t-il affirmé. Une déclaration qui résonne particulièrement en Ituri, où l’exploitation non réglementée des terres et des ressources est régulièrement dénoncée par des organisations de la société civile, selon plusieurs analyses locales.

Dans la foulée de cette remise de brevets, les participants ont annoncé la création d’un mouvement citoyen baptisé « Paysans Debout ». D’après les informations communiquées à cette occasion, cette structure entend promouvoir une citoyenneté active et informée, en s’appuyant sur des actions de mobilisation sociale, de plaidoyer auprès des autorités compétentes et des initiatives locales de protection des écosystèmes. Si ses contours opérationnels restent à préciser, certains acteurs associatifs y voient déjà une tentative de structurer, à partir de la base, des réponses collectives aux injustices environnementales.

Sans tapage ni mise en scène excessive, l’initiative de FORED illustre une dynamique de fond : celle d’un travail patient de formation et d’accompagnement communautaire, souvent invisible, mais essentiel dans un pays où les enjeux environnementaux se croisent étroitement avec les questions sociales, économiques et de gouvernance. À en croire des acteurs du secteur, la crédibilité de ce type d’actions se mesurera désormais à leur capacité à durer, à produire des effets concrets sur le terrain et à inscrire la justice environnementale dans le quotidien des populations concernées.

Par kilalopress

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