L’Agence Congolaise de l’Environnement (ACE), établissement public chargé de veiller à la conformité environnementale et sociale des projets de développement, est aujourd’hui paralysée par une crise interne profonde, marquée notamment par une grève sèche de ses agents, selon des sources concordantes proches du dossier.
D’après une correspondance du Caucus des Environnementalistes du Congo, dont une copie est parvenue à Kilalopress le 31 janvier 2026, la situation perdurerait depuis plusieurs mois. Elle trouverait son origine dans un enchevêtrement de difficultés administratives, financières et sociales, notamment des revendications professionnelles non satisfaites, des moyens de fonctionnement jugés insuffisants et l’absence de réponses structurelles durables.
En interne, cette impasse sociale aurait progressivement vidé l’agence de sa capacité opérationnelle. En externe, elle produirait un effet domino sur des partenaires publics et privés légalement tenus de se conformer aux études d’impact environnemental et social préalables à toute implantation de projet en République démocratique du Congo.
Selon cette correspondance, la conséquence la plus immédiate de cette paralysie est un blocage administratif généralisé. Des projets pourtant encadrés par la loi se retrouvent ralentis, voire suspendus, tandis que d’autres, opérant en marge des normes, trouveraient paradoxalement un terrain plus favorable. Cette situation, selon le caucus nourrit une insécurité juridique et environnementale préjudiciable tant aux investisseurs qu’aux communautés locales exposées aux impacts des projets extractifs ou d’infrastructures.
Au-delà des considérations techniques, la crise de l’ACE interroge directement le respect d’un principe constitutionnel fondamental. L’article 53 de la Constitution de la République démocratique du Congo consacre le droit de toute personne à un environnement sain et impose à l’État le devoir d’en garantir l’effectivité. Or, en l’absence d’une agence fonctionnelle chargée d’évaluer, de prévenir et d’encadrer les risques environnementaux et sociaux, ce droit apparaît fragilisé, estime le caucus.

La portée du problème dépasse également les frontières nationales. La RDC est régulièrement présentée, dans les enceintes internationales, comme un pays-solution face aux changements climatiques, en raison de ses forêts, de ses tourbières, de son réseau hydrographique et de sa biodiversité exceptionnelle. La défaillance prolongée de l’ACE soulèverait ainsi des interrogations sur la capacité du pays à honorer ses engagements internationaux, qu’il s’agisse de l’Accord de Paris, de la Convention sur la biodiversité ou des Objectifs de développement durable. À en leurs analyses, cette fragilité institutionnelle pourrait aussi peser sur des accords de coopération stratégique, notamment dans le secteur des minerais, où les exigences de transparence, de traçabilité et de responsabilité environnementale sont de plus en plus scrutées par les partenaires internationaux, y compris les États-Unis d’Amérique.
Le Caucus des Environnementalistes du Congo, dans cette correspondance officielle référencée CEC/KIN/CORD/2026/01/03 et adressée au Président de la République, Félix Tshisekedi, a choisi d’alerter directement la plus haute autorité de l’État. La lettre, transmise en copie au Président du Sénat, au Président de l’Assemblée nationale, à la Première ministre, aux ministres en charge de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, ainsi qu’aux principaux conseillers présidentiels concernés, plaide pour une implication personnelle et urgente du Chef de l’État.
Le document énumère néanmoins les risques induits par l’arrêt prolongé de l’agence : perte de confiance des partenaires techniques et financiers, fragilisation de la paix sociale dans les zones affectées par les projets, et dégradation de l’image internationale d’un pays pourtant doté d’un capital écologique incontestable. Autant d’éléments qui, selon des sources proches du Caucus, justifieraient une réponse rapide et structurée.
Parmi les pistes avancées figurent le règlement des revendications sociales et professionnelles des agents de l’ACE, la conduite d’un audit institutionnel, administratif et financier indépendant, ainsi que le renforcement durable des capacités humaines, techniques et financières de l’agence. Le Caucus évoque également la nécessité d’un mécanisme de dialogue permanent entre le Gouvernement, la direction de l’ACE et les représentants du personnel, afin d’éviter la reproduction de crises similaires.
Dans un contexte où le Chef de l’État rappelle régulièrement, à travers son slogan « le peuple d’abord », la centralité des citoyens dans l’action publique, certains analystes estiment que la relance de l’ACE pourrait être lue comme un acte cohérent avec cette vision. En protégeant l’environnement, ce sont en effet des vies, des territoires et des moyens de subsistance qui sont indirectement préservés, notamment dans les zones rurales et périurbaines les plus exposées aux impacts des projets mal encadrés. Le Caucus des Environnementalistes du Congo affirme, pour sa part, sa disponibilité à accompagner toute initiative présidentielle ou gouvernementale visant à sortir l’Agence Congolaise de l’Environnement de l’impasse actuelle. Une posture que des acteurs de la société civile jugent stratégique, dans un pays où la crédibilité des politiques environnementales repose autant sur les textes que sur la capacité des institutions à les appliquer. Reste désormais à savoir comment cette interpellation sera prise en compte au sommet de l’État, à un moment où la gouvernance environnementale apparaît plus que jamais comme un test de cohérence entre discours, engagements et réalités de terrain.
Par kilalopress