En RDC, le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) est au cœur d’une controverse après les déclarations de Christian Mwando Nsimba dénonçant des décaissements inférieurs à 10 % et des retards généralisés. Le 30 janvier 2026 à Kinshasa, la Première ministre Judith Suminwa a annoncé de nouvelles mesures de suivi, sur fond de critiques persistantes concernant la gestion et l’impact réel du programme sur les territoires.
Le vendredi 30 janvier 2026, lors du Conseil des ministres, la Première ministre Judith Suminwa a tenté de reprendre la main sur un dispositif visiblement en perte de vitesse. Selon la communication officielle relayée par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, la cheffe du gouvernement a procédé à une redistribution précise des missions entre ministères sectoriels et structures d’exécution, assortie d’échéances serrées. En filigrane, une reconnaissance implicite des dysfonctionnements qui minent le PDL-145T depuis plusieurs mois.
Ces nouvelles orientations ne surgissent pas dans le vide. Elles interviennent après une année 2025 marquée par une accumulation de signaux d’alerte. Un rapport de monitoring publié en mai 2025 par le Centre de recherche en finances publiques et développement local (Crefdl) avait déjà mis en lumière une gestion opaque de certains fonds, la mauvaise qualité de plusieurs ouvrages et des retards significatifs dans leur livraison. Des constats que recoupent, selon des sources locales, les plaintes récurrentes d’administrateurs territoriaux et de communautés bénéficiaires, souvent laissées sans information claire sur l’état d’avancement des projets annoncés.
Face à ce tableau, Judith Suminwa a confié à quatre membres de son gouvernement des responsabilités jugées prioritaires. Le ministre du Plan, en collaboration avec celui des Finances, est ainsi chargé d’organiser d’ici fin février 2026 une mission conjointe de suivi et d’évaluation avec les ministères sectoriels concernés, afin d’harmoniser les données transmises par les agences d’exécution et le Conseil spécial du président de la République en charge du PDL. Une injonction technique en apparence, mais qui traduit un problème plus profond : l’absence d’un référentiel commun et fiable sur l’état réel du programme.
Dans le même temps, le vice-Premier ministre en charge des Transports, le ministre d’État au Plan, le ministre du Développement rural ainsi que ceux des Infrastructures et travaux publics ont été sommés de mettre à jour la cartographie des routes prioritaires et des voies d’accès nécessaires à la mise en œuvre du PDL-145T. Un rappel qui sonne comme un aveu : dans de nombreux territoires, le désenclavement, pourtant au cœur du programme, reste une promesse suspendue aux arbitrages budgétaires et aux lenteurs administratives.
La Première ministre a également instruit les experts du ministère du Plan et de la coordination de l’aide au développement, en lien avec d’autres ministères sectoriels, d’organiser rapidement une réunion visant à rationaliser les projets, notamment pour mieux articuler le Programme d’action du gouvernement 2024-2028 avec le PDL-145T. Aux agences d’exécution, elle a demandé de transmettre dans les meilleurs délais la liste des entreprises enregistrées et de poursuivre les démarches légales y afférentes. Un rapport détaillé sur l’ensemble de ces assignations est attendu fin février 2026.
Si ces annonces traduisent une volonté affichée de redressement, elles peinent toutefois à dissiper le malaise qui entoure le programme. Quelques jours plus tôt, le 11 janvier 2026 à Kinshasa, une voix autorisée est venue alourdir le débat. Christian Mwando Nsimba, ancien ministre d’État au Plan et figure clé de la conception du PDL-145T, a publiquement dénoncé le retard des travaux et le sous-financement chronique du programme à travers le pays. Selon lui, ces manquements compromettent directement la relance des économies locales et la connexion des populations aux infrastructures de base.
Cette prise de parole, rapportent plusieurs observateurs, ne relève ni de la posture politicienne ni de la polémique facile. Elle émane de l’un des principaux architectes du dispositif, qui s’exprime avec la connaissance intime des mécanismes qu’il a contribué à mettre en place. Pour Christian Mwando Nsimba, « le problème n’est pas technique, il est politique et budgétaire ». Il pointe des décaissements partiels, des retards chroniques et surtout l’abandon de composantes structurantes comme les routes de desserte agricole, pourtant essentielles à la dynamique économique rurale. Une lecture que confient en privé plusieurs acteurs du secteur de la planification, pour qui le PDL-145T aurait progressivement perdu sa cohérence territoriale au gré des arbitrages successifs.
Etant l’un des principaux promoteurs du PDL-145T, conçu comme un outil de correction des déséquilibres territoriaux et de rapprochement de l’État avec les populations. Selon ses propres estimations, moins de 10 % des prévisions budgétaires auraient été effectivement décaissées depuis 2023, laissant des pans entiers du programme à l’état d’intention. Des chiffres avancés avec prudence, mais qui interrogent, à en croire certaines analyses, la capacité de l’exécutif à soutenir dans la durée des politiques publiques aussi ambitieuses. En remettant aujourd’hui le PDL-145T sous les projecteurs, il renvoie indirectement la balle dans le camp de l’actuel exécutif. Car au-delà des missions, des réunions et des rapports attendus, la question demeure entière : le gouvernement de Judith Suminwa dispose-t-il de la volonté politique et des marges budgétaires nécessaires pour transformer un programme emblématique en réalité tangible pour les territoires ?
Derrière les chiffres, les injonctions administratives et les joutes verbales, ce sont des communautés rurales, des écosystèmes fragiles et des économies locales en attente qui continuent de payer le prix de l’inaction ou de l’improvisation. À l’épreuve du PDL-145T, c’est une certaine idée de la gouvernance publique – planifier, financer, exécuter et rendre compte qui se joue, sous le regard de plus en plus critique d’une opinion lassée des promesses sans lendemain.
Par kilalopress