Beni : Entre chantiers urbains et tensions souterraines – les travaux routiers de la SSV pris dans une spirale de contestations

À Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, la transformation progressive du paysage urbain par des travaux de réfection et de bitumage s’opère dans un climat plus tendu qu’il n’y paraît. La Société des Services Vihumbira (SSV), entreprise locale engagée dans la modernisation de certaines artères de la ville grâce à un financement du gouvernement provincial, se retrouve aujourd’hui au centre de controverses dont les contours restent flous, mais dont les effets se font sentir sur le terrain.

Depuis plusieurs jours, des messages circulant notamment dans certains cercles de jeunes évoquent, de manière critique, la conduite et l’impact des travaux en cours. D’après des sources locales, ces prises de position, parfois virulentes, viseraient à décourager l’entreprise, alors même que les chantiers avancent sur des axes stratégiques comme les rues Jumlani et Ziaka, essentielles à la mobilité urbaine et à l’écoulement des activités économiques locales.

Face à cette situation, la SSV a choisi de rendre publique sa version des faits. Dans un communiqué daté du samedi 24 janvier 2026, l’entreprise évoque une campagne de « diabolisation » et de « déstabilisation » dont elle s’estime victime. Elle y rappelle notamment un épisode antérieur qui continue, selon elle, de peser sur son fonctionnement : l’incendie de ses engins survenu le 29 juillet 2024 au village Bandulu, dans le secteur des Bapere, territoire de Lubero. Cet acte, qualifié de criminel par la société, aurait été commis par des individus armés non identifiés, une affaire qui n’a, à ce jour, pas été publiquement élucidée.

Toujours selon la SSV, les difficultés actuelles ne se limiteraient pas à des critiques verbales. L’entreprise affirme être confrontée à des menaces, des intimidations et des attaques, qu’elle attribue à certains acteurs politiques qu’elle décrit comme animés par des intérêts personnels, ainsi qu’à des personnes qu’elle qualifie de mal intentionnées. « Ces actes de chantage et de manipulation visent à ternir l’image de notre entreprise et à freiner l’élan de développement dans lequel la SSV s’est engagée aux côtés des autorités compétentes », indique le communiqué, une déclaration qu’il convient toutefois de replacer dans le cadre d’un différend dont les responsabilités restent à établir.

Au-delà de la polémique, les chantiers eux-mêmes soulèvent des enjeux concrets pour la ville. La réfection et le bitumage des voies urbaines, tout comme les travaux liés à l’aéroport Étienne Tshisekedi de Beni-Mavivi ou encore la maintenance de l’axe routier Beni–Mangina, constituent des infrastructures clés dans une région marquée par l’enclavement, l’insécurité chronique et la pression démographique. Dans un tel contexte, l’amélioration des routes ne se limite pas à une question de confort : elle conditionne l’accès aux services, la circulation des biens, et, indirectement, la résilience économique et sociale des populations.

Certaines voix s’interrogent néanmoins sur la gouvernance de ces projets, leur suivi, et le respect des délais annoncés. Le délai prévu pour l’achèvement des 1 400 mètres de bitumage est, selon les informations disponibles, arrivé à échéance, un élément qui alimente une partie des critiques exprimées dans l’espace public. Des observateurs estiment que ces retards, fréquents dans les projets d’infrastructures en zone fragile, peuvent devenir un terrain fertile pour des instrumentalisations politiques ou des conflits d’intérêts, surtout lorsqu’ils se superposent à des frustrations sociales plus larges, notamment chez les jeunes.

Dans son communiqué, la SSV appelle toutefois à ne pas confondre critiques légitimes et tentatives de sabotage. Elle affirme poursuivre normalement l’ensemble de ses activités et se veut rassurante quant à la continuité des travaux en cours. Une position qui, d’après certains acteurs locaux, mérite d’être confrontée à une évaluation indépendante de l’état d’avancement des chantiers et de leur impact réel sur l’environnement urbain, notamment en matière de gestion des déchets de construction, de poussières, et de perturbation temporaire des quartiers riverains.

À Beni, où chaque projet d’infrastructure s’inscrit dans un tissu social fragilisé par des années de crise sécuritaire et économique, la question dépasse désormais le seul sort d’une entreprise. Elle interroge la capacité des autorités, des entreprises locales et des communautés à cohabiter autour de projets de développement sans que ceux-ci ne deviennent des foyers supplémentaires de tensions. À en croire certaines analyses, la transparence, le dialogue communautaire et l’accès à une information vérifiée pourraient constituer des leviers essentiels pour éviter que les chantiers urbains, censés améliorer le cadre de vie, ne se transforment en nouveaux fronts de discorde.

Par kilalopress

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