RDC : le choléra frappe à nouveau, entre infrastructures fragiles et vulnérabilités sanitaires

La République démocratique du Congo fait face à une résurgence préoccupante du choléra. Selon le ministre de la Santé publique, hygiène et prévoyance sociale, le docteur Roger Kamba, le pays a enregistré cette semaine 290 nouveaux cas, dont 8 décès, soit un taux de létalité estimé à 5 %. Le nombre de cas suspects est passé de 1 348 à 1 638 à l’échelle nationale, révélant une reprise inquiétante de cette infection.

La zone de santé d’Itombwe, dans le territoire de Mwenga au Sud-Kivu, illustre la gravité de la situation. Depuis début janvier, 15 décès ont été enregistrés sur une soixantaine de cas recensés, selon le médecin chef de zone, le docteur Namegabe Barume Peter. « Deux aires de santé sur les 18 que compte notre territoire sont déjà touchées, et le premier cas a été isolé dans le village de Kabuga », précise-t-il, mettant en lumière une recrudescence rapide de l’épidémie.

Cette résurgence s’inscrit dans la continuité de la crise de 2025, année durant laquelle le pays a connu 64 427 cas de choléra et 1 888 décès, selon l’Unicef, soit la pire épidémie enregistrée depuis 25 ans. Les enfants ont été particulièrement touchés, représentant 14 818 cas et 340 décès. Dix-sept des vingt-six provinces ont été affectées, dont la capitale Kinshasa, où les infrastructures de prévention restent fragiles. À l’échelle nationale, la proportion de cas impliquant des enfants atteint en moyenne 23,4 %.

Les facteurs structurels sont au cœur de cette vulnérabilité. L’accès limité à l’eau potable et aux installations sanitaires de base demeure un obstacle majeur. Selon la troisième enquête démographique et de santé (EDS 2024-2025), seulement 43 % de la population bénéficie de services d’eau de base, et 15 % disposent d’installations sanitaires adaptées, les chiffres les plus faibles du continent africain. Les conflits persistants, les déplacements massifs de populations et l’insécurité dans l’est du pays compliquent davantage l’accès aux soins et à la prévention.

Les conditions climatiques aggravent encore la situation. Les fortes pluies et les inondations endommagent les réseaux d’approvisionnement en eau et d’assainissement, tandis que l’urbanisation rapide et non planifiée entraîne surpopulation et saturation des infrastructures essentielles. Dans certaines zones jusqu’alors peu exposées, comme Kinshasa, la faible sensibilisation à la maladie et les retards dans la recherche de soins contribuent à des taux de mortalité particulièrement élevés.

Le choléra, infection diarrhéique aiguë provoquée par la bactérie Vibrio cholerae, se transmet par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. La maladie se développe surtout dans des zones densément peuplées, avec des infrastructures sanitaires limitées. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le choléra provoque chaque année 1,3 à 4 millions de cas dans le monde et entraîne 21 000 à 143 000 décès.

La récente recrudescence en RDC souligne l’urgence d’une approche intégrée associant santé publique, gestion de l’eau et aménagement du territoire, dans un contexte où les infrastructures restent fragiles et les populations exposées à des crises sanitaires répétitives. À en croire certaines analyses locales, seule une coordination renforcée entre autorités sanitaires, communautés et partenaires techniques pourrait limiter l’impact humain et écologique de cette épidémie.

Par kilalopress

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