À Kinshasa, la pression urbaine continue de redessiner les paysages bien au-delà des plans officiels. Samedi, lors d’un atelier consacré à la protection de l’environnement et de la biodiversité, les échanges ont remis en lumière un phénomène que de nombreux observateurs décrivent comme l’un des moteurs silencieux de la dégradation écologique de la capitale : la multiplication des constructions dites anarchiques.
Selon les participants à cette rencontre de sensibilisation, ces implantations non planifiées s’inscrivent dans une dynamique plus large où l’expansion urbaine échappe largement aux cadres de régulation. D’après des acteurs du secteur environnemental présents à l’atelier, l’occupation désordonnée des sols fragilise les écosystèmes urbains, accentue l’érosion, obstrue les voies naturelles d’écoulement des eaux et accroît l’exposition des populations aux inondations et aux glissements de terrain, devenus récurrents dans plusieurs communes de la ville.
Intervenant à cette occasion, Serge Mukutwa, directeur du programme Sauvegarde Création de la Commission Justice et Paix de l’Église du Christ au Congo (ECC), a livré une lecture plus globale des causes en jeu. « Aujourd’hui, si l’environnement se dégrade, c’est en grande partie à cause des activités humaines telles que les mauvaises constructions, les mauvaises habitudes, l’ignorance des questions environnementales et la surexploitation des ressources naturelles », a-t-il déclaré, liant explicitement les transformations du cadre de vie kinois aux pratiques quotidiennes et aux choix collectifs opérés sur le long terme.
À en croire certaines analyses partagées en marge de l’atelier, ces constructions non contrôlées ne relèvent pas uniquement d’un problème technique ou urbanistique. Elles traduisent aussi des déséquilibres sociaux profonds, marqués par la pression démographique, le déficit de logements accessibles et l’insuffisance de politiques d’aménagement effectives. Dans ce contexte, l’environnement devient souvent la variable d’ajustement, sacrifiée au profit de solutions immédiates de survie urbaine.
Certains participants soulignent par ailleurs que la dégradation environnementale observée à Kinshasa ne peut être dissociée de la faible appropriation des enjeux écologiques par une partie de la population, combinée à un encadrement institutionnel jugé inégal. L’ignorance des normes environnementales, évoquée lors de l’atelier, se conjugue à la surexploitation des ressources naturelles, notamment dans les zones périphériques, où la ville grignote progressivement les espaces végétalisés.
Sans verser dans un discours alarmiste, les échanges de samedi ont ainsi esquissé le portrait d’une capitale confrontée à ses propres contradictions : une croissance urbaine rapide, portée par des besoins sociaux réels, mais dont les modalités actuelles contribuent, selon des observateurs, à fragiliser durablement l’environnement et la biodiversité. Pour les organisateurs de l’atelier, la sensibilisation apparaît dès lors comme une étape nécessaire, sinon suffisante, pour amorcer une prise de conscience collective face à des impacts qui se font déjà sentir sur les territoires et les conditions de vie des habitants.
Par kilalopress