Bassin du Congo : unis pour officialiser les Aires Protégées par les Communautés

Libreville, 3 août 2025 — Dans l’ombre des vastes forêts du Bassin du Congo, une révolution discrète mais essentielle se prépare. Ce début août, à Libreville, les États d’Afrique centrale, les partenaires internationaux et surtout les communautés autochtones ont franchi une étape majeure pour la conservation de l’un des derniers sanctuaires de biodiversité planétaire. Au cœur des débats : la reconnaissance légale des Aires Protégées par les Communautés (APAC) — ces territoires ancestraux gérés depuis des générations par les peuples autochtones, qui incarnent un véritable bouclier naturel face à la déforestation et aux exploitations intensives.

Une Aire Protégée par une Communauté (APAC) désigne un espace naturel géré par des populations locales, souvent autochtones, selon leurs savoirs traditionnels. Ces territoires contribuent activement à la conservation de la biodiversité, souvent mieux que des zones protégées strictes imposées par l’État, car leur gestion est basée sur un équilibre ancestral entre humains et nature.

Si les forêts du Bassin du Congo abritent la deuxième plus grande surface forestière tropicale au monde, leur gestion reste un casse-tête juridique. Chacun des pays concernés — Gabon, République démocratique du Congo, Cameroun, République centrafricaine — dispose de ses propres lois, souvent inadaptées à reconnaître les droits coutumiers des peuples autochtones. « La sécurisation juridique de ces terres est aujourd’hui une priorité. Sans cela, la pression foncière, les projets miniers ou agricoles menacent directement les écosystèmes et les modes de vie traditionnels », explique Chouaibou Nchoutpouen, secrétaire exécutif adjoint de la Commission des forêts d’Afrique centrale (Comifac).

Sans un cadre légal clair, les territoires gérés par les communautés restent vulnérables à l’accaparement foncier et à la dégradation. Or, reconnaître juridiquement ces espaces, c’est garantir aux populations locales un droit réel sur leurs terres, et leur donner les moyens de préserver durablement leur environnement. Au-delà des frontières juridiques, l’atelier de Libreville a aussi mis en lumière l’importance cruciale des savoirs traditionnels. Ces connaissances, transmises oralement depuis des siècles, sont essentielles pour comprendre et gérer durablement les écosystèmes forestiers. La création d’un répertoire régional de ces savoirs vise à les inscrire dans les politiques nationales, un pas décisif vers une conservation plus respectueuse et efficace.

Ces savoirs traditionnels comprennent la connaissance des cycles naturels, des espèces médicinales, des techniques de gestion durable des ressources ou encore des pratiques spirituelles qui régulent l’usage des terres. Leur valorisation est un levier puissant pour réconcilier conservation et développement. L’un des succès de l’atelier est la proposition d’un comité sous-régional dédié aux APAC. Ce groupe serait chargé d’harmoniser les outils d’évaluation, de consolider les données spatiales et socioculturelles, et de coordonner les efforts entre États et communautés. Cette collaboration s’inscrit dans un cadre global, puisqu’elle permettra d’intégrer les APAC comme contributions communautaires dans les engagements internationaux liés à la biodiversité et au climat, notamment la cible 3 du Cadre mondial pour la biodiversité, l’ODD 15 et l’Accord de Paris.

Les populations autochtones et locales ne sont plus seulement des spectatrices. « Ce sont elles qui protègent ces forêts avec un savoir-faire inégalé », souligne un représentant d’une organisation communautaire présente. Cependant, leur implication doit s’accompagner d’un soutien renforcé, d’une sécurisation foncière et de ressources pour gérer ces espaces face aux menaces croissantes : déforestation illégale, exploitation minière, changement climatique. Avec près de 300 millions d’hectares de forêt tropicale, le Bassin du Congo joue un rôle vital dans la régulation climatique mondiale. Ces forêts stockent d’énormes quantités de carbone, réduisant ainsi l’effet de serre, tout en abritant des milliers d’espèces animales et végétales uniques. Leur destruction accélérée entraînerait des conséquences désastreuses pour la planète.

La reconnaissance des APAC et l’intégration des savoirs autochtones constituent donc une clef stratégique — une alliance entre modernité juridique et traditions ancestrales pour sauvegarder un trésor commun. La réunion de Libreville marque un tournant. Elle offre une lueur d’espoir dans un contexte environnemental alarmant. Mais ce chemin est encore semé d’embûches juridiques et institutionnelles. Il faudra désormais transformer ces engagements en actions concrètes sur le terrain, pour que les APAC deviennent de véritables remparts, à la hauteur des enjeux écologiques du XXIe siècle.

Par kilalopress

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