Dans les villages bordant le Parc national de la Lomami, la conservation ne se décline plus uniquement en patrouilles ou en règlements. Elle s’invite désormais dans les espaces de parole, les pratiques culturelles et les dynamiques communautaires, là où se façonnent au quotidien les rapports entre les populations et leur environnement. C’est dans cette logique qu’une nouvelle phase du programme socioculturel porté au sein du parc a pris forme, avec l’ambition assumée de retisser le lien entre protection de la biodiversité et réalités locales.
Selon les informations recueillies sur le terrain, cette initiative est rendue possible grâce au financement de la KfW, à travers le Projet GIAP II, coordonné par ICON. Le Parc national de la Lomami (PNL), en collaboration avec son partenaire local GREPOED, en assure la mise en œuvre opérationnelle. L’objectif affiché est clair : rapprocher durablement les communautés riveraines des enjeux de conservation, renforcer leur compréhension des défis écologiques et, surtout, favoriser leur implication dans la gouvernance de ce patrimoine naturel commun.
La première mission de terrain, menée récemment, a marqué une étape structurante. Elle a permis d’accompagner la mise en place de dispositifs communautaires dans plusieurs entités ciblées, notamment le groupement Balanga et la chefferie des Bangengele. Dans ces territoires où les relations entre espaces protégés et populations locales ont longtemps été marquées par l’incompréhension ou la méfiance, l’approche retenue mise sur l’écoute et la valorisation des savoirs endogènes.
Placée sous le thème « La culture au service de la protection du PNL », l’initiative a débouché sur la création de quinze clubs nature, animés par des relais communautaires formés pour accompagner les échanges et les activités de sensibilisation. Parallèlement, dix barazas nature ont été installées sous la conduite des autorités coutumières. Ces cadres de dialogue, selon des acteurs locaux impliqués dans le processus, ne se limitent pas à la seule question environnementale : ils sont conçus comme des espaces d’échanges intergénérationnels, où peuvent être abordés à la fois les différends communautaires, les préoccupations sociales et les enjeux liés à la préservation de la biodiversité.
D’après nos recoupements, cette articulation entre culture, gouvernance locale et conservation vise à ancrer la protection du parc dans les dynamiques sociales existantes, plutôt que de l’imposer comme une contrainte extérieure. Dans une région où les moyens de subsistance dépendent largement des ressources naturelles, la reconnaissance du rôle des chefs coutumiers et des structures communautaires apparaît, pour de nombreux observateurs, comme un levier essentiel pour réduire les tensions et favoriser une appropriation collective des objectifs de conservation.

La phase de formation, qui s’est étendue sur quatre jours, a été assurée par le consultant McDonald Nishuli Daniel. Elle a permis de doter les animateurs communautaires et les autorités locales d’outils méthodologiques pour encadrer les clubs et les barazas, faciliter les discussions et intégrer les messages de protection de la faune et de la flore dans des référents culturels partagés.
Au-delà des chiffres et des dispositifs mis en place, cette démarche révèle une évolution plus large dans la gestion des aires protégées en République démocratique du Congo. En misant sur la culture comme vecteur de sensibilisation et de gouvernance, le Parc national de la Lomami expérimente une approche qui reconnaît les communautés riveraines non plus comme de simples bénéficiaires ou des acteurs à contrôler, mais comme des partenaires à part entière de la conservation. Une orientation dont les effets, estiment certains spécialistes, pourraient s’inscrire dans la durée si elle parvient à concilier protection des écosystèmes, cohésion sociale et besoins économiques locaux.
Par kilalopress