Dans le secteur des Elanga, au cœur du territoire de Bikoro, la forêt n’est pas seulement un paysage : elle structure les vies, les rapports sociaux et l’avenir économique de communautés longtemps tenues à l’écart des décisions qui concernent leurs propres terres.
Entre le 26 et le 28 janvier 2026, cette réalité a occupé le centre des échanges lors d’une mission conjointe de sensibilisation consacrée à la foresterie communautaire, menée dans les villages de Bokala, Baolongo et Besenge, dans la province de l’Équateur, au nord de la République démocratique du Congo. Conduite par l’Organisation d’Acteurs pour le Développement Durable et la Préservation des Forêts en Afrique (ADDPFA), en collaboration avec la Coordination provinciale de l’Environnement de l’Équateur, la mission s’est inscrite dans un contexte où la reconnaissance des droits forestiers des communautés locales et des peuples autochtones pygmées demeure un enjeu central. Selon des sources locales, la pression croissante sur les ressources forestières, combinée à une méconnaissance persistante des mécanismes juridiques existants, fragilise à la fois les écosystèmes et les moyens de subsistance des populations riveraines.
L’objectif affiché de cette initiative était clair : informer, mais surtout renforcer les capacités des communautés concernées sur les dispositifs légaux qui leur permettent d’obtenir des titres forestiers à caractère perpétuel, fondés sur leurs droits coutumiers. En ligne de mire, la Concession Forestière des Communautés Locales (CFCL), un outil juridique encore mal compris, mais porteur d’un potentiel stratégique pour la sécurisation foncière et la gestion durable des forêts. Sur le terrain, l’équipe – composée d’experts de l’ONG ADDPFA, du Point focal provincial de la foresterie communautaire et du Chef de poste de l’Environnement – a privilégié une approche participative. Les séances d’échanges ont abordé, de manière progressive, le cadre légal de la foresterie communautaire, les étapes clés de la procédure d’attribution des CFCL, ainsi que les conditions pratiques à réunir pour que le processus aboutisse. D’après nos recoupements, cette méthodologie a permis de dépasser le simple registre de l’information descendante pour ouvrir un espace de dialogue, où interrogations, craintes et attentes ont pu être exprimées librement.
Au fil des discussions, un constat s’est imposé : la CFCL apparaît pour beaucoup comme un levier concret de reconnaissance des droits coutumiers, mais aussi comme une opportunité de repenser collectivement la gestion des ressources forestières. Les principes de gouvernance communautaire, de partage des responsabilités et de bénéfices, ainsi que les perspectives de lutte contre la pauvreté ont été largement débattus. À en croire certaines analyses partagées lors des échanges, la foresterie communautaire pourrait contribuer à stabiliser les économies locales, tout en réduisant la vulnérabilité des forêts face aux exploitations anarchiques.
La question du Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP) a occupé une place centrale tout au long de la mission. « L’objectif était de garantir une compréhension collective et inclusive du processus. Le CLIP a été au cœur de toutes nos discussions, avec l’ensemble des composantes communautaires : autorités coutumières, notables, femmes, jeunes et peuples autochtones pygmées », a expliqué Rodrigue Kambale, expert de l’ONG ADDPFA. Une précision qui traduit la volonté de rompre avec des pratiques passées où certaines catégories sociales restaient en marge des décisions structurantes.
À l’issue de débats ouverts et parfois exigeants, les trois communautés concernées ont exprimé un intérêt marqué pour l’initiation du processus d’obtention de leurs titres de CFCL. Lors des assemblées communautaires, elles ont formellement accordé leur CLIP, un acte qui témoigne, selon des observateurs, d’un engagement volontaire et éclairé. « À l’issue de nos échanges et des réponses apportées à nos questions, nous acceptons d’être accompagnés dans le processus de la foresterie communautaire », a déclaré Ntondo Bekolongo, chef coutumier du village Baolongo, résumant un sentiment largement partagé.
La dimension institutionnelle de la mission n’est pas passée inaperçue. Pour plusieurs acteurs locaux, la présence conjointe des services de l’État et d’une organisation non gouvernementale a contribué à renforcer la crédibilité du message porté. « Lorsque les communautés voient l’État et une ONG travailler ensemble dans une même mission de sensibilisation, cela renforce la crédibilité du processus. J’encourage vivement cette approche collaborative portée par l’ONG ADDPFA », a souligné Monsieur Hovi, Point focal de la foresterie communautaire pour la province de l’Équateur, saluant la démarche conjointe.
Au-delà des discours, cette mission a aussi rappelé que l’obtention d’un titre de CFCL ne constitue qu’une étape. La gestion et l’exploitation durable des ressources forestières exigent un accompagnement sur le long terme, des compétences locales renforcées et une vigilance constante face aux dérives possibles. L’ONG ADDPFA a, à cette occasion, réaffirmé son engagement à soutenir les communautés depuis la phase de demande jusqu’aux étapes essentielles de gouvernance et de valorisation durable des forêts. Dans cette province où la forêt représente à la fois un patrimoine écologique majeur et une ressource vitale pour les populations, la dynamique observée dans le secteur des Elanga illustre les enjeux complexes de la foresterie communautaire en République démocratique du Congo. Entre espoir de sécurisation foncière, quête de développement local et impératif de préservation des écosystèmes, cette expérience pourrait, selon des acteurs du secteur, servir de référence pour d’autres territoires confrontés aux mêmes défis.
Par kilalopress