Sankuru : un haut responsable de l’Environnement rattrapé par un réseau de « permis fantômes » ?

SANKURU — L’affaire fait l’effet d’une bombe dans la province enclavée du Sankuru : Séraphin Nteko Lombole, chef de division et coordonnateur provincial de l’Environnement et Développement durable, vient d’être suspendu pour ce qui ressemble à une fraude à grande échelle. Le motif ? Rien de moins que la mise en place d’un système fiscal parallèle… sur les forêts du Congo.

Dans un arrêté signé par le gouverneur intérimaire Martin Issipa, les accusations sont accablantes : falsification d’imprimés officiels, perception illégale de 500 dollars par permis de coupe — artisanale et industrielle — et usurpation de prérogatives réservées aux autorités compétentes. Le tout, selon le document officiel, s’apparentant à une « fiscalité parallèle » montée de toutes pièces.

« Avoir fabriqué des imprimés de valeur parallèle à celle de la Province du Sankuru (…) Avoir signé les permis de coupe industrielle des bois en lieu et place des autorités habilitées », peut-on lire dans l’arrêté du 2 septembre.

Derrière les termes techniques se cache une réalité potentiellement explosive : la monétisation illégale de l’accès aux forêts, ressources stratégiques du Sankuru, dans une province où la gouvernance environnementale est déjà fragile. Si ces accusations s’avèrent, elles pointeraient vers un système structuré et toléré en silence, où des cadres administratifs s’octroient le droit de vendre la nature congolaise… en toute illégalité.

Mais le principal concerné ne compte pas se laisser abattre. Dans une lettre de recours transmise le 3 septembre, Séraphin Nteko dénonce une « suspension arbitraire » et conteste l’ensemble des griefs retenus contre lui.

« Je n’ai jamais mis en place une fiscalité parallèle. Le service de l’environnement se limite strictement à la taxation légale. Les assujettis procèdent eux-mêmes au versement des montants dus directement à la Banque », argue-t-il, documents à l’appui.

Il souligne d’ailleurs que sous sa direction, sa division aurait mobilisé 87 millions de francs congolais (près de 30.000 USD) entre janvier et juillet 2025, la plaçant en tête des services générateurs de revenus de la province.

Cette suspension soulève également des interrogations sur les procédures internes. Nteko affirme n’avoir jamais été entendu par sa hiérarchie avant d’être écarté. Si cela se confirme, ce serait une violation flagrante du droit disciplinaire applicable aux agents de l’État. Une procédure expéditive qui pourrait cacher un règlement de comptes, dans une province minée par les tensions politiques internes.

En attendant, c’est le chef de bureau de l’administration et des finances qui assure l’intérim dans une division désormais sous les projecteurs.

Cette affaire relance le débat sur la gestion opaque du secteur forestier congolais, où les permis de coupe — parfois vendus à prix d’or — sont autant d’ouvertures à la corruption. Le cas du Sankuru pourrait bien n’être que la partie émergée d’un iceberg national, où la forêt devient une monnaie d’échange entre autorités locales, exploitants et réseaux informels. Dans une province où les ressources naturelles sont abondantes mais les contrôles faibles, qui surveille vraiment ceux qui signent les autorisations d’exploitation ?

Par kilalopress

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