Mbuji-Mayi, Kasaï-Oriental – Trois semaines. Trois semaines sans eau potable constante. Trois semaines sans électricité stable. Trois semaines où la capitale mondiale du diamant semble avoir été abandonnée par ceux-là mêmes chargés de veiller à son quotidien. Ce n’est plus une simple panne, c’est une démission publique, une paralysie systémique qui expose la vulnérabilité structurelle de nos villes face à des services essentiels.
Dans les rues de Mbuji-Mayi, les femmes, les hommes, les enfants et les vieillards font la queue aux rares bornes-fontaines encore fonctionnelles. Leurs récipients à la main, ils bravent le soleil brûlant, la pluie, parfois la nuit noire, pour une goutte d’eau qui devrait être un droit, et non un luxe. Chaque jour, ces trajets imposés de plusieurs kilomètres deviennent une nouvelle forme de violence sociale et économique.
La Regideso, pourtant censée garantir l’approvisionnement en eau, évoque un manque d’électricité comme principale cause de la crise. Elle se targue de “faire fonctionner un groupe électrogène” pour soulager la population. Mais cette assistance reste anecdotique face à la demande réelle : des dizaines de milliers de personnes privées de ce bien vital se voient réduites à la patience forcée.
Du côté de la SNEL, le constat est tout aussi alarmant : une panne technique sur la ligne 30Kv à Tshibwe, causée par un tracteur de la SACIM qui aurait abattu un poteau électrique, paralyse le courant. Trois semaines après l’incident, aucune communication claire sur les mesures de réparation ou la prévention de futures crises n’a été diffusée. Silence total. L’inaction des autorités locales face à cette urgence sanitaire et économique est non seulement irresponsable, elle est criminelle.
Cette crise n’est pas un fait divers isolé. Elle est révélatrice de l’état de délabrement de nos infrastructures publiques, de la fragilité de nos systèmes de gestion et de la distance entre les décideurs et la vie réelle des citoyens. À Mbuji-Mayi, le diamant brille, mais les habitants souffrent dans l’obscurité et la soif.
La ville, qui devrait être un modèle de développement pour la région, se transforme en laboratoire de misère, où les privations deviennent la norme et la résilience forcée, une simple survie. Si nous voulons bâtir un Kasaï-Oriental et une RDC dignes de notre vision panafricaine, il est urgent de repenser la gouvernance des services publics, de responsabiliser les acteurs privés et publics, et d’investir dans des infrastructures durables et résistantes aux incidents techniques. Mbuji-Mayi crie sa détresse. Le pays ne peut plus fermer les yeux. Trois semaines de privation suffisent.
Par kilalopress