Kinshasa, 28 novembre 2025 – Les forêts congolaises, joyaux du Bassin du Congo et réservoirs de biodiversité unique, disparaissent à une vitesse alarmante. Sous prétexte de répondre à la demande asiatique de mobilier de luxe, des réseaux criminels organisés vident nos réserves naturelles de leur précieux bois rouge (Ribuyo) et blanc (Muvule), menaçant d’extinction certaines espèces emblématiques. Pendant que l’État observe, des fortunes se construisent sur la misère écologique et humaine.
Selon des enquêtes récentes, le bois illégal est prélevé autour du Parc national de Kahuzi-Biega et dans des villages des réserves naturelles de Ngandja et Itombwe, avant d’être convoyé via des ports de Baraka et Uvira, traversant le lac Tanganyika et l’île d’Ubwari pour atteindre Rumonge au Burundi. De là, le bois rejoint les marchés de Bujumbura et, de fil en aiguille, les grandes villes chinoises.
L’implication des autorités locales et des services de protection des parcs est frappante : des chefs coutumiers accordent des autorisations informelles sur des terres communautaires, tandis que des gardes forestiers ferment les yeux contre quelques billets. Les intermédiaires, armés de réseaux bien organisés, coordonnent la logistique, protégés parfois par des groupes armés qui taxent le commerce et sécurisent le passage à travers les zones de conflit.
Entre 2015 et 2023, 74 % du bois congolais a été exporté sous forme de grumes brutes, principalement vers la Chine. Les multinationales chinoises comme Wan Peng et Booming Green ont utilisé des permis falsifiés pour dépasser les quotas légaux et payer des pots-de-vin. Résultat : des forêts pillées, une gouvernance forestière paralysée, et des lois bafouées au profit de quelques profiteurs.
Le marché international nourrit ce crime : un mètre cube de bois précieux peut rapporter entre 2 500 et 3 000 dollars à l’export. Sur les marchés locaux, les prix sont dérisoires, mais à Bujumbura ou dans les villes chinoises, les profits explosent. La disparité montre à quel point l’appât du gain alimente le pillage et l’impunité.

Pour enrayer ce carnage, il ne suffit pas de lois sur papier. Il faut des actions concrètes : la création de bases de données ADN pour identifier l’origine du bois, le déploiement d’unités spéciales aux frontières avec le Burundi et le Rwanda, la sanction des entreprises complices, et un engagement réel des pays consommateurs comme la Chine. La paix et la sécurité dans l’Est de la RDC sont également indispensables pour permettre un contrôle effectif des ressources.
La tragédie, c’est que ces crimes contre nos forêts sont aussi des crimes contre nous-mêmes. Les victimes, ce sont nos communautés, nos écosystèmes, notre futur. Chaque arbre abattu illégalement est une dette envers les générations à venir. Chaque transaction corrompue est un signal que la bonne gouvernance environnementale n’est pas optionnelle, mais urgente.
La protection des forêts congolaises est une responsabilité collective, une question de justice et un acte de souveraineté nationale. Il est temps d’agir, individuellement et collectivement, pour que la RDC reprenne son rôle de gardienne de la deuxième plus grande forêt tropicale du monde.
Par kilalopress