Kolwezi s’est réveillée endeuillée. Dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 septembre 2025, un pan de terre s’est effondré sur le site minier de Tshipuki, emportant au moins trois vies selon la coopérative Maldini ya Maendeleo. Mais dans les ruelles poussiéreuses de la cité minière, les murmures sont plus sombres : plusieurs témoins affirment qu’une dizaine de personnes auraient disparu sous les décombres.
Cette nouvelle tragédie n’a rien d’un accident imprévisible. Elle s’inscrit dans une longue série de drames qui émaillent l’exploitation artisanale du cuivre et du cobalt au Lualaba, cœur battant de l’industrie minière congolaise. Depuis des années, les ONG environnementales et les syndicats de creuseurs alertent : la course effrénée aux minerais stratégiques se paie au prix fort, celui du sang et de l’écosystème.
Comment accepter que les mêmes causes produisent inlassablement les mêmes effets ? Sur ces sites, les galeries sont souvent creusées à mains nues, sans études géologiques ni dispositifs de sécurité. Les pluies, plus intenses sous l’effet du changement climatique, fragilisent des sols déjà instables. Pourtant, les autorités provinciales et nationales se contentent de promesses, quand elles ne se renvoient pas la responsabilité.
Faut-il attendre un bilan macabre plus lourd pour agir ? La spéculation autour du nombre de victimes illustre un autre fléau : l’opacité. Entre les chiffres officiels minimalistes et les estimations locales alarmantes, la vérité se perd, laissant les familles dans une angoisse insoutenable.
La RDC, fournisseur majeur de cobalt pour la transition énergétique mondiale, ne peut continuer à fermer les yeux. Tant que l’exploitation minière artisanale restera une zone de non-droit, Kolwezi et d’autres villes minières demeureront des cimetières à ciel ouvert. Les responsables publics, les compagnies minières et les acheteurs internationaux doivent être interpellés : la « batterie verte » ne doit pas se construire sur des charniers.
Ce drame de Tshipuki, loin d’être un fait divers, est un cri d’alarme. Il rappelle que la transition énergétique n’a de sens que si elle respecte la vie humaine et l’environnement. Faute de mesures immédiates – contrôles, encadrement, soutien aux mineurs artisanaux – la terre de Kolwezi continuera de s’effondrer, entraînant dans ses entrailles bien plus que du minerai : notre conscience collective.
Par kilalopress