Plus de 250 kilomètres de cours d’eau du Haut-Uélé, au nord-est de la République démocratique du Congo, ont été littéralement saccagés depuis 2020 par une exploitation aurifère illégale d’ampleur industrielle. C’est le constat glaçant livré par l’ONG néerlandaise Pax, qui dénonce une destruction méthodique des rivières opérée par des sociétés chinoises sous la protection – ou la passivité – de membres des forces armées et de la police congolaise.
Selon Pax, d’immenses engins ont charrié les berges jour et nuit, creusant des tranchées de 50 à 400 mètres de large sur des dizaines de kilomètres, déplaçant parfois le lit même des rivières. Résultat : un paysage de cratères inondés où « des dizaines de personnes, dont des enfants, se seraient noyées ». Les images satellites révèlent également une déforestation massive liée à l’ouverture de routes menant aux sites miniers.
Tout s’est déroulé sans permis, sans contrôle, sans normes environnementales. Aucune étude scientifique n’a encore mesuré l’impact sanitaire, mais l’usage probable de mercure et de cyanure – produits hautement toxiques – laisse craindre une contamination durable de l’eau, des sols et de la chaîne alimentaire. Le plus sidérant : en 2022, le président Félix Tshisekedi avait ordonné l’arrêt de ces activités. Deux ans plus tard, les excavatrices n’ont jamais cessé. Ni les communautés locales, ni le Trésor public n’ont perçu le moindre bénéfice, les filons échappant à toute fiscalité.
Pax somme Kinshasa de sécuriser les mines abandonnées et de poursuivre les responsables, tout en exhortant Pékin à demander des comptes à ses ressortissants. Mais la question brûlante demeure : combien de temps encore l’État congolais fermera-t-il les yeux sur un pillage qui empoisonne ses rivières et trahit ses citoyens ?
Par kilalopress