Kinshasa, 12 novembre 2025 – Les habitants du quartier Ngomba Kikusa, dans la commune de Ngaliema, vivent désormais au bord du gouffre — littéralement. Sept têtes d’érosion dévorent chaque jour un peu plus leurs rues, leurs murs et leurs souvenirs. Les avenues Marine, Maluti, Sonabata, Kipemba, Kimayala, Lutondo ainsi que Bikela 1 et 2 ne sont plus que des cicatrices ouvertes sur un sol rongé par les pluies et l’indifférence.
Face à cette urgence environnementale et humaine, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a dépêché le mardi 11 novembre une mission de terrain composée de son cabinet et de l’Agence congolaise des Grands Travaux (ACGT). Objectif : mesurer l’ampleur du désastre et sauver ce qui peut encore l’être.
La délégation avait deux priorités : identifier les victimes directes et recenser les ménages devant être relocalisés en urgence. Un travail titanesque dans un quartier où les ravins s’enfoncent jusqu’à 40 mètres de profondeur, selon Kevin Babaka Lelo, directeur de projet à l’ACGT, qui parle d’une situation « extrêmement préoccupante, une menace directe pour la population et pour l’habitat ». L’équipe technique affirme disposer déjà des paramètres nécessaires pour établir un rapport sommaire et proposer un plan d’action au ministre. Mais sur le terrain, les familles n’attendent plus de rapports : elles veulent des murs, des caniveaux, des réponses.
Ngaliema n’est pas un cas isolé. Chaque année, plus de 300 têtes d’érosion sont recensées dans la capitale congolaise, résultat d’un cocktail explosif : urbanisation anarchique, absence de drainage, déforestation et pluies plus violentes liées au changement climatique. Les experts tirent la sonnette d’alarme depuis des années, mais les réponses publiques restent souvent ponctuelles et réactives, rarement structurelles.
Ce drame environnemental révèle, une fois encore, les failles profondes de la gouvernance urbaine à Kinshasa. Tant que les politiques de prévention resteront tributaires de la saison des pluies et de la visite des ministres, les ravins continueront de croître, emportant avec eux non seulement des maisons, mais aussi la confiance des citoyens. À Ngomba Kikusa, les habitants espèrent que cette nouvelle mission ministérielle ne sera pas une de plus. Car ici, le sol s’effondre, mais avec lui, c’est la promesse d’un avenir stable qui disparaît chaque jour un peu plus.
Par kilalopress