Par Franck Zongwe – Kinshasa s’est encore noyée sous des torrents de pluie dans la nuit du mardi à ce mercredi 12 novembre. Une nuit d’angoisse et de désolation, marquée par la mort d’au moins deux personnes et la destruction de plusieurs infrastructures vitales. Sur l’avenue Assossa à Bumbu comme sur Matondo, à Selembao, les cris d’impuissance ont résonné entre les flots, pendant que des familles tentaient de sauver ce qu’il restait de leurs biens.
Des quartiers entiers Masina, Ndjili, Limete, Kalamu, Selembao, Kintambo se sont transformés en marécages, victimes des crues incontrôlées des rivières Ndjili, Nsanga et Makelele. Deux ponts ont cédé entre Kauka et Matonge, isolant les habitants et paralysant une partie du trafic de la capitale. À Lingwala, le marché Lufungula est devenu un champ d’eau boueuse, et celui de Kalembelembe n’a pas été épargné.
“Kinshasa n’est pas frappée par une malédiction, mais par une négligence planifiée”, confie un habitant de Kalamu rencontré au petit matin, les pieds dans l’eau. Chaque saison de pluie ressemble à une répétition d’un drame déjà vu. Les mêmes scènes d’inondations, les mêmes pertes, les mêmes appels des autorités… suivis du même silence. Le réseau de drainage, vétuste ou inexistant, ne tient plus face à des précipitations amplifiées par le changement climatique. Mais la crise ne se limite pas à la météo : elle traduit surtout un déficit de gouvernance urbaine, d’entretien, et d’anticipation.
Dans plusieurs communes basses, les familles ont tout perdu. Les eaux ont emporté meubles, documents, parfois même les souvenirs. Les érosions progressent dangereusement, notamment sur les collines de Selembao, menaçant des habitations déjà fragiles. Les routes, éventrées, deviennent impraticables. Ce qui se joue à Kinshasa n’est plus seulement un problème d’infrastructure, mais de justice environnementale. Les plus pauvres paient le prix fort d’une urbanisation chaotique. La majorité des victimes vivent dans des zones inondables, où l’État ne fournit ni plan d’assainissement, ni soutien après les catastrophes.
Chaque année, des rapports d’experts alertent sur la nécessité d’une politique d’adaptation climatique à l’échelle de la ville — sans suite concrète. Les rivières continuent de déborder, les constructions anarchiques se multiplient, et la mémoire des drames passés s’efface à la première éclaircie. Lors des pluies diluviennes de la saison dernière, la rivière Ndjili avait déjà provoqué la mort et le déplacement de centaines de familles. Les autorités avaient promis un plan de relocalisation pour les habitants des quartiers marécageux. Aujourd’hui, ces mêmes familles vivent dans la peur, sans solution durable. Kinshasa s’enfonce chaque saison un peu plus dans le chaos hydrique, sous le regard d’une gouvernance impuissante. Et pendant que les eaux montent, c’est la confiance des citoyens envers leurs institutions qui s’érode, lentement, mais sûrement.
Par kilalopress