Kongo-Central : Mangroves en danger – quand l’État congolais protège… sur le papier

Le Parc marin des Mangroves (PMM), officiellement protégé depuis 1992, est aujourd’hui menacé de mort lente sous les coups de boutoir d’intérêts privés et de l’impunité d’un État coupable d’inaction. Une enquête conjointe de PPLAAF et du Bureau of Investigative Journalism (TBIJ) révèle l’ampleur des dégâts : exploitation forestière massive, ports clandestins, trafic de carburant, plantations d’huile de palme dans l’aire protégée… et tout cela sous un silence coupable.

Les mangroves sont un actif écologique majeur – stockage du carbone, protection de la côte, habitat de biodiversité. Et pourtant, le PMM, censé être un modèle de conservation, est livré à la prédation dans les faits. Selon l’ancien directeur du parc, Kim Rebholz : « Le plus hallucinant, c’est qu’il n’y a finalement pas d’activité qui ne se passe pas là-ou autour, alors que c’est censé être ultra-protégé. » Des images satellites confirment la présence de grumes empilées, de nappes de pétrole et de plantations illégales à l’intérieur même du périmètre.

Parmi les acteurs pointés, la société chinoise Congo Dihao Sarlu est citée pour son port « illégal » servant au trafic de bois vers la Chine, contribuant à l’érosion du parc. L’entreprise rétorque avoir hérité d’un port déjà existant et assure ne faire que du transport fluvial et terrestre, précisant que l’exploitation forestière ne figure pas dans ses statuts. Mais cette défense met en lumière le cœur du problème : une légalité formelle qui masque une réalité environnementale désastreuse. Quand des ports “existants” servent à exporter des grumes et des carburants depuis l’intérieur d’une zone protégée, le débat n’est plus sur la conformité administrative, mais sur l’impunité systémique.

Le rôle de l’État congolais dans cette affaire est tout aussi troublant. Le parc, protégé par un arrêté ministériel, souffre d’un manque criant de contrôle. Les éco-gardiens, peu nombreux, ne peuvent surveiller des milliers d’hectares. Les plaintes déposées restent sans suite, et les autorités ferment les yeux sur des activités qui devraient être sanctionnées. Lorsqu’une administration tolère ou collabore indirectement avec des acteurs privés qui violent les règles, le statut de “zone protégée” devient une illusion.

Le pillage du PMM n’est pas un simple dommage écologique : il touche directement les communautés locales. « C’est dans ces rivières-là où on prend le poisson, où on puise l’eau à boire… On consomme déjà des produits toxiques », confie un habitant. La disparition des mangroves entraîne non seulement une perte de biodiversité buffles et espèces endémiques en tête mais aussi une vulnérabilité accrue aux événements climatiques extrêmes. Elle remet en cause le pacte social environnemental : la nature n’est plus protégée pour les citoyens, mais exploitée au profit de quelques-uns.

À l’heure ou les yeux sont tournée vers la COP30, la République démocratique du Congo doit passer des paroles aux actes. La transparence doit devenir la règle : il est urgent de publier les permis, concessions et autorisations d’exploitation liés au PMM. Les lanceurs d’alerte, doivent être protégés plutôt que poussés à l’exil. Les infractions doivent être sanctionnées, et les communautés locales associées à la gestion du parc, puisqu’elles en sont les premières gardiennes. Les mangroves, essentielles à la régulation climatique, doivent être revalorisées comme un actif national et non un simple décor écologique.

Le Parc marin des Mangroves est à la croisée des chemins : entre conservation symbolique et véritable protection. pour plusiuers congolais, le temps des déclarations est révolu. Le temps de l’action est venu. Les mangroves ne peuvent plus attendre que l’État choisisse entre les intérêts privés et le bien commun.

Par kilalopress

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