À Addis-Abeba, un briefing de presse met en lumière les enjeux de justice foncière et de réparations en Afrique

addis-Abeba – 12 novembre 2025 -Le briefing de presse du mercredi 12 novembre, organisé en marge des sessions principales, a rassemblé ministres, représentants de gouvernements, chefs traditionnels et experts universitaires autour de la question cruciale de la gouvernance foncière, de la justice et des réparations pour les populations africaines et la diaspora.

L’événement, coordonné par le Centre africain de politique foncière (ALPC) en collaboration avec la Commission de l’Union africaine, a souligné le rôle fondamental du savoir scientifique africain pour guider les politiques de réforme foncière sur le continent. Madame Joane Kagwanja, coordinatrice de l’ALPC, a rappelé que « la conférence a été créée pour offrir une plateforme d’échange basée sur des preuves scientifiques, produites principalement par des chercheurs africains, afin de mieux comprendre et gérer nos terres ». Elle a insisté sur le fait que la majorité des terres africaines — jusqu’à 70 % dans certains pays — sont encore régies par les autorités coutumières, ce qui rend le dialogue entre chercheurs et gardiens traditionnels indispensable pour inspirer des politiques justes et efficaces.

Dans son intervention, Dr. Janet Edeme, responsable de la division Développement rural et Sécurité alimentaire à l’Union africaine, a replacé le débat dans le contexte de l’année thématique de l’UA : Justice pour les Africains et les descendants de la diaspora à travers les réparations. Elle a insisté sur l’héritage colonial des lois foncières, souvent encore en vigueur, et sur leur impact inégal sur les populations locales. « Pour transformer nos systèmes agri-alimentaires et nos sociétés rurales, il est essentiel d’assurer un accès équitable à la terre, en particulier pour les femmes et les jeunes », a-t-elle souligné. Selon Dr. Edene, les débats sur la restitution et la répartition équitable des terres doivent être articulés avec les stratégies continentales comme le CADEP, afin de garantir que les objectifs de développement socio-économique soient atteints.

Le briefing a également été l’occasion pour les délégations nationales de partager leurs expériences et bonnes pratiques. Prof. Gilingwe Mayende, représentant le ministre sud-africain de la Réforme agraire et du Développement rural, a salué le caractère concret de cette conférence : « Ici, nous ne sommes pas dans une simple tribune de discussions : nous constatons un passage de la rhétorique aux engagements concrets, traduits par des programmes de réforme foncière et de restitution. »

De son côté, Dr. Tendai walker, présidente de la Commission foncière du Zimbabwe, a détaillé les réalisations de son pays depuis la réforme foncière initiale. Avec plus de 254 000 parcelles de terres réattribuées sur cinq ans, le Zimbabwe a cherché à corriger les inégalités héritées de la période coloniale, tout en favorisant l’inclusion des femmes, des jeunes et des vétérans de guerre. Elle a rappelé l’importance de lier les politiques de restitution et de réparation aux mécanismes de gouvernance foncière, pour assurer la sécurité des droits fonciers et la productivité agricole.

Enfin, M. Abubakar Sappay Foraymusa, Commissaire général de la Commission nationale foncière de Sierra Leone, a partagé l’expérience récente de son pays, où la réforme foncière a été relancée en 2022 avec l’adoption de lois majeures telles que le National Land Commissions Act et le Customary Land Rights Act. Ces textes visent à décentraliser la gouvernance foncière, tout en respectant les traditions locales, afin de créer un cadre équitable et durable pour l’accès et la gestion des terres.

La séance de questions-réponses qui a suivi le briefing a permis aux journalistes présents de s’immerger plus profondément dans les enjeux abordés. Les participants ont interrogé les panélistes sur des points précis, allant de la mise en œuvre des politiques de restitution à l’implication des communautés locales et des jeunes dans la gouvernance foncière. Chaque intervenant, qu’il s’agisse des ministres, des représentants des commissions foncières ou des experts universitaires, a répondu de manière détaillée et transparente, offrant des éclairages concrets et des exemples pratiques issus de leurs pays respectifs. Cette interaction a été saluée par l’ensemble de l’auditoire, qui a reconnu la richesse et la pertinence des échanges, renforçant ainsi l’impact du briefing sur la couverture médiatique de la CLPA 2025.

Les interventions des experts et des délégations nationales montrent que, malgré les disparités culturelles et institutionnelles, un consensus se dessine autour de la nécessité de politiques fondées sur la preuve, la transparence et l’inclusion. Comme l’a rappelé Prof. Mayende, « nous repartons d’Addis-Abeba avec un sentiment d’énergie renouvelée et la conviction que l’Afrique avance dans la bonne direction en matière de gouvernance foncière ». Une direction qui met la science, la tradition et la justice sociale au cœur de la réforme foncière, ouvrant la voie à une nouvelle ère de sécurité et d’équité pour les populations africaines.

Par kilalopress

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