Addis-Abeba, 11 novembre 2025 — Au troisième jour de la 6ᵉ Conférence sur la politique foncière en Afrique, la République démocratique du Congo s’est exprimée par la voix de Samuel Kaninda, conseiller régional Afrique à Transparency International. Sa prise de parole a marqué les débats par son ton mesuré mais ferme : la justice foncière ne saurait être dissociée de la transparence et de la responsabilité publique.
« On ne peut pas réparer sans comprendre les causes profondes de l’injustice », a-t-il lancé, évoquant sans détour les séquelles de la colonisation et de l’apartheid sur la gouvernance du continent. Selon lui, les injustices foncières d’aujourd’hui trouvent leurs racines dans la partition de l’Afrique à la Conférence de Berlin (1884-1885), qui a ouvert la voie à des pratiques d’expropriation et de corruption institutionnalisée.
Interrogé sur la situation spécifique de la RDC, Kaninda rappelle que le pays partage les mêmes plaies que le reste du continent, mais avec une histoire singulière liée à la Belgique. « Nos royaumes et grandes chefferies ont été démantelés. Des lois discriminatoires héritées de la colonisation ont continué à structurer la société post-indépendance, au profit de quelques-uns », déplore-t-il.
Aujourd’hui encore, la question de la propriété foncière demeure explosive. « Les communautés sont expropriées souvent sans compensation, dans un contexte où les lois datent d’une autre époque. »
Mais, nuance-t-il, un travail est en cours : « Des parlementaires congolais ont entamé une réforme du cadre légal. C’est une opportunité majeure pour y intégrer la transparence et la participation citoyenne. Ce qui est fait sans les bénéficiaires n’est pas fait pour eux. »
Pour Kaninda, l’enjeu de la RDC ne réside pas seulement dans la réforme foncière, mais dans l’alignement des politiques publiques avec les ambitions du pays.
« Nous visons l’émergence, rappelle-t-il. Il faut donc que nos plans de développement soient cohérents avec les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies et l’Agenda 2063 de l’Union africaine. »
Il souligne la nécessité d’un suivi rigoureux des engagements pris par les autorités : « Le président a déclaré que le sol devait prendre sa revanche sur le sous-sol. Encore faut-il que cette volonté se traduise dans les budgets et les politiques concrètes. »
Kaninda se montre particulièrement attentif à la question budgétaire. « Notre pays, nous avons un budget national d’environ 20 milliards de dollars. selon le projet de budget 2026. Il faudrait s’assurer que la gestion de ces ressources soit transparente, que les citoyens aient accès à l’information dudit budget et que la société civile puisse jouer son rôle de contrôle. »

Pour Transparency International, la transparence n’est pas un mot à la mode, mais la condition même du développement durable. Kaninda plaide pour un processus budgétaire participatif, où la population ne se limite pas à voter, mais participe à la formulation, au suivi et à l’évaluation des politiques publiques.
« Nous devons aussi être cohérents avec nos engagements continentaux : avons-nous atteint les 10 % du budget pour l’agriculture, comme promis à Maputo ? » questionne-t-il.
Dans un ton calme mais déterminé, Kaninda invite à replacer la RDC dans la dynamique continentale : « Cette conférence doit déboucher sur un agenda africain global, mais chaque pays doit y apporter sa particularité. »
Pour la RDC, cela signifie renforcer l’État de droit, garantir l’accès à l’information et impliquer les communautés locales dans les décisions.
Son message, s’adresse au monde entier aux partenaires internationaux qu’aux dirigeants congolais : la justice foncière ne sera réelle que si elle s’accompagne d’une gouvernance juste. En conclusion, Kaninda résume l’esprit de son plaidoyer en une phrase qui résonne bien au-delà des murs d’Addis-Abeba :
« La réparation et la justice ne sont pas des promesses à formuler, mais des droits à garantir — pour les citoyens d’aujourd’hui et ceux de la diaspora. »
Par kilalopress