Killalo Press, 12 juillet 2025 — Une fois de plus, le silence coupable des autorités congolaises et l’irresponsabilité manifeste de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) ont conduit à la mort brutale d’une jeune fille de 18 ans, piétinée par un éléphant errant à Ankoro, dans le territoire de Manono, province de Tanganyika. Un drame de trop, qui révèle l’échec structurel d’une politique de conservation déconnectée de la réalité humaine.
Selon un communiqué de presse de l’ONG Green World Solidarity (GWS), dont une copie est parvenue à la rédaction de Kilalopress, les faits se sont produits le jeudi 9 juillet 2025, alors que la victime se rendait au champ avec sa mère pour chercher de la braise. Attaquée par un éléphant en divagation, elle a été mortellement piétinée. Ce n’est pas un cas isolé, rappelle l’organisation, qui dénonce une situation connue depuis de longues années des autorités, mais qui continue de s’aggraver sans qu’aucune réponse sérieuse n’y soit apportée. Toujours selon le communiqué, cette insécurité liée à la faune sauvage aurait déjà causé plusieurs pertes en vies humaines et détruit de nombreuses cultures, appauvrissant des communautés locales dépendantes des forêts et de leurs ressources. Le parc national de Lupemba est pointé du doigt comme le foyer de cette menace persistante, en raison de la divagation incontrôlée d’éléphants dans les zones villageoises environnantes. Ce constat, l’ONG le relie directement à la faiblesse de la stratégie gouvernementale, et plus particulièrement à l’incapacité de l’ICCN à assurer une gestion efficace et équilibrée des aires protégées.
Dans ce même communiqué, Green World Solidarity souligne que l’ICCN vient à peine de poser des colliers GPS sur moins de dix éléphants, dans une tentative de suivi jugée dérisoire par rapport à une population de pachydermes en forte croissance. Pire encore, l’animal impliqué dans la tragédie d’Ankoro n’était même pas suivi par l’ICCN. Cette omission révèle, selon l’ONG, une profonde désorganisation et un manque de volonté de la part de l’institution censée garantir à la fois la préservation de la nature et la sécurité des communautés humaines qui y vivent. Une telle défaillance interroge non seulement sur le professionnalisme de l’ICCN, mais aussi sur sa conformité aux textes légaux en vigueur. Le Code forestier congolais impose une gestion des écosystèmes fondée sur la participation des communautés locales et l’équilibre entre conservation et développement humain. Plus encore, l’article 53 de la Constitution de la République démocratique du Congo garantit à chaque citoyen le droit de vivre dans un environnement sain. Que reste-t-il de ce droit quand les populations vivent dans la peur quotidienne de croiser un animal sauvage, et que l’État reste silencieux ?
À travers ce communiqué, l’ONG GWS exprime son inquiétude face à la capacité réelle de l’ICCN à gérer durablement les aires protégées. Elle recommande au gouvernement de prendre toutes les dispositions urgentes et utiles pour sécuriser les communautés riveraines du Parc national de Lupemba, et appelle à une conservation plus humaine, où l’homme ne serait plus sacrifié au nom d’une nature sanctuarisée sans garde-fous. Il est temps, conclut implicitement le communiqué, de repenser la conservation au Congo. Car si l’on continue à ignorer les populations locales, à négliger leur sécurité, à les abandonner face à une faune laissée en roue libre, la conservation ne sera plus qu’un mot vide. Un prétexte pour justifier l’inaction, les privilèges, et les morts injustes.
Par Franck zongwe lukama