Vendredi 13 février 2026, la localité de Kasansa, dans la province du Kasaï-Oriental, s’est réveillée sous le poids d’un drame dont les ondes de choc dépassent le strict cadre du fait divers. Un mini-bus assurant la liaison entre Ngandajika et Mbuji-Mayi a quitté sa trajectoire lors d’une traversée sur bac et a fini sa course dans la rivière Lubilanji–Kalelu, avec plusieurs passagers à bord.
Selon les premières informations recueillies sur place, des manœuvres jugées imprudentes du conducteur seraient à l’origine de l’accident. Les autorités provinciales ont indiqué avoir mobilisé des plongeurs pour mener les opérations de recherche. À ce stade, quatre corps ont été repêchés, tandis que les fouilles se poursuivent dans des conditions rendues difficiles par le courant et la turbidité de l’eau. D’après des sources locales, le bilan pourrait encore évoluer, ce qui incite les responsables à la plus grande réserve dans la communication des chiffres.

Au-delà de la sidération provoquée par la perte de vies humaines, cet événement met en lumière une dimension rarement abordée dans l’urgence des secours : celle des impacts environnementaux. Lorsqu’un véhicule s’immerge, il ne disparaît pas seul. Il entraîne avec lui des carburants, des huiles de moteur, des fluides techniques et des éléments métalliques susceptibles de se dissoudre ou de se fragmenter. Dans un cours d’eau comme la Lubilanji–Kalelu, ces substances peuvent se diffuser rapidement, estiment des observateurs du secteur environnemental, altérant la qualité de l’eau bien au-delà du point d’impact.
À en croire certaines analyses, même des volumes limités d’essence ou d’huile suffisent à contaminer des milliers de litres d’eau. Les effets potentiels, souvent invisibles à court terme, incluent la diminution de l’oxygénation du milieu, la perturbation de la faune aquatique et l’accumulation progressive de métaux lourds dans les sédiments. Une pollution diffuse, difficile à mesurer immédiatement, mais dont les conséquences peuvent s’inscrire dans la durée.
Cette réalité pèse d’autant plus lourd que la rivière occupe une place centrale dans la vie quotidienne des communautés riveraines. D’après nos recoupements, elle constitue une ressource pour la pêche artisanale, l’agriculture de proximité, la lessive et, dans certains cas, l’approvisionnement en eau. Toute dégradation de cet écosystème fragile expose donc les populations à des risques sanitaires accrus et fragilise une économie locale déjà précaire.

Si la priorité demeure la recherche des victimes et l’accompagnement des familles endeuillées, plusieurs acteurs locaux confient qu’une réponse strictement sécuritaire ne saurait suffire. Le retrait rapide de l’épave, la surveillance de la qualité de l’eau et la prévention d’éventuelles fuites supplémentaires apparaissent, selon eux, comme des mesures complémentaires nécessaires. À plus long terme, la question des conditions de traversée, de la maintenance des bacs et du respect des règles de sécurité se pose avec acuité. La tragédie de Kasansa rappelle, de manière brutale, que la mobilité en milieu fluvial ne peut être dissociée des enjeux environnementaux. Chaque défaillance humaine ou technique laisse une empreinte qui dépasse l’instant et s’inscrit dans les équilibres naturels dont dépendent les populations. Dans cette partie du pays, où la rivière est à la fois voie de passage et source de vie, concilier sécurité, développement et préservation de l’environnement demeure un défi dont l’urgence s’impose désormais à tous.
Par kilalopress