Équateur : à Mbandaka, la faune saignée en plein jour — qui laisse tuer des bonobos et des chimpanzés, espèces protégées ?

À Mbandaka, au cœur de la province de l’Équateur, une alerte lancée par de jeunes activistes locaux met en lumière une réalité que beaucoup préfèrent encore reléguer au rang de faits isolés. Selon ces sources, un individu identifié comme Mulopwe Trésor Kalonji serait impliqué dans la capture, la mise à mort et la commercialisation de singes, parmi lesquels figureraient des bonobos et des chimpanzés, deux espèces intégralement protégées par la législation congolaise et par plusieurs conventions internationales ratifiées par la République démocratique du Congo.

Les faits rapportés ne relèveraient pas, à en croire ces témoignages, d’une simple infraction opportuniste. Ils s’inscriraient dans une dynamique plus large de pression croissante sur la faune sauvage autour de Mbandaka, un carrefour fluvial où la forêt, le fleuve et la ville s’entremêlent, et où la demande de viande de brousse et d’animaux sauvages alimente depuis des années des circuits informels difficiles à démanteler. D’après nos recoupements, les espèces citées sont pourtant parmi les plus sensibles : le bonobo, endémique à la République démocratique du Congo, ne vit nulle part ailleurs au monde. Sa disparition locale constitue, de fait, une perte définitive pour le patrimoine naturel national et pour la biodiversité mondiale.

Face à ces accusations, des appels ont été adressés à l’Institut congolais pour la conservation de la nature ICCN, à la Police Nationale Congolaise ainsi qu’aux organisations non gouvernementales actives dans la protection de la nature. Les demandes portent notamment sur l’interpellation des auteurs présumés, l’ouverture d’enquêtes permettant d’identifier d’éventuels réseaux de trafic opérant dans la zone de Mbandaka, et l’application effective des textes légaux encadrant la conservation de la faune. Selon des acteurs du secteur environnemental, l’enjeu dépasse largement la responsabilité individuelle : il s’agit de comprendre comment ces pratiques persistent, parfois au vu et au su de tous, dans une région pourtant marquée par les conséquences sanitaires et écologiques de l’exploitation incontrôlée du vivant.

Certaines voix, toutefois, tentent de relativiser la gravité des faits. « Arrêtez vos bêtises. Chacun de nous a sa façon de vivre. Vous vous êtes en politique pour dilapider l’argent de l’état. Lui, il vit de la chasse. Et la chasse n’a pas commencé aujourd’hui. Si vous l’interdisez de ne plus chasser, il faut lui donner une autre source de survie». Et d’autres « Ces animaux ont été tués où ? Si c’est dans un parc, l’infraction est consommée, mais si c’est en dehors du parc, le monsieur est libre de faire ce qu’il lui semble bon », avancent certains observateurs, reprenant une interprétation restrictive de la loi. Une lecture que contestent plusieurs spécialistes du droit environnemental, rappelant que la protection de certaines espèces ne se limite pas aux frontières des aires protégées. À en croire certaines analyses, la confusion entretenue entre espaces classés et obligations légales contribue à banaliser des pratiques pourtant interdites, fragilisant l’ensemble du dispositif de conservation.

Au-delà du cadre juridique, la question sanitaire s’invite également dans le débat. La province de l’Équateur a été confrontée à plusieurs épisodes de maladies d’origine zoonotique ces dernières années. Selon des sources médicales locales, la manipulation, la consommation et la commercialisation d’animaux sauvages, en particulier de primates, exposent les populations à des risques sanitaires majeurs. Dans ce contexte, estiment des observateurs, considérer ces actes comme « normaux » ou culturellement acceptables revient à ignorer les leçons tirées de crises sanitaires récentes, dont les conséquences humaines et économiques restent encore vives dans les mémoires.

Pour des acteurs de la société civile, le silence institutionnel ou social face à ces pratiques équivaut à une forme de renoncement. Sans verser dans l’invective, ils soulignent que la lutte contre l’hémorragie faunique passe aussi par la protection de celles et ceux qui osent alerter. Encourager les lanceurs d’alerte, garantir leur sécurité et prendre au sérieux leurs signalements apparaissent, selon eux, comme des conditions indispensables pour freiner l’érosion de la biodiversité dans une région déjà sous forte pression. La forêt de l’Équateur n’est pas seulement un espace de subsistance ou un réservoir de ressources. Elle constitue un socle écologique, culturel et sanitaire pour des millions de Congolais. À Mbandaka, les faits rapportés interrogent ainsi, en filigrane, la capacité collective à faire respecter les lois existantes, à clarifier les responsabilités réelles de chacun et à reconnaître que la protection des espèces menacées n’est ni un luxe ni une option, mais une obligation légale et morale dont dépend, en partie, l’avenir des territoires et des populations qui y vivent.

Par kilalopress

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