Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts des Nations unies dresse un constat alarmant : entre février et août 2025, le site aurifère de Lomera, situé à Luhihi dans le Sud-Kivu, a été sous le contrôle direct du groupe armé AFC/M23. Durant cette période, les rebelles ont non seulement chassé les institutions de l’État, mais ont aussi installé un « bureau minier » parallèle, transformant la zone en territoire de rente et d’exploitation illégale. Une situation aux conséquences environnementales lourdes.
Sous leur domination, l’AFC/M23 a imposé une taxe de 30 % sur le prix de vente du minerai dès la sortie des mines. Un système structuré a été mis en place pour contrôler la qualité du minerai et superviser son extraction, avec des inspections régulières, des taxes supplémentaires sur les transporteurs, les concasseurs, et même les creuseurs. Cette logique de rentabilité sans cadre légal a ouvert la voie à une surexploitation des ressources. Mais au-delà de l’illégalité économique, c’est l’impact écologique qui interpelle. L’exploitation aurifère dans une région aussi fragile que Luhihi, déjà affectée par des décennies d’activités minières anarchiques, aggrave l’érosion des sols, la déforestation massive, la pollution des cours d’eau par le mercure et le cyanure, sans aucun mécanisme de régénération.
La promesse du groupe de passer à une exploitation semi-mécanisée inquiète davantage. Cela signifierait l’utilisation d’engins lourds, l’ouverture de nouvelles zones d’exploitation, et une accélération de la dégradation écologique, alors que les systèmes de contrôle environnemental sont totalement absents.
Les tensions observées avec les exploitants ont suspendu provisoirement les activités, mais rien n’indique un retour à l’ordre légal. L’ONU craint que cette suspension ne soit qu’une étape vers un modèle d’exploitation encore plus destructeur.
Il est urgent que les autorités congolaises, les ONG écologistes et les partenaires internationaux s’unissent pour reprendre le contrôle de Lomera et protéger les écosystèmes menacés du Sud-Kivu. Car au rythme actuel, ce ne sont pas seulement les minerais qui seront épuisés, mais aussi les rivières, les forêts, les terres agricoles et la santé de milliers de familles.
Par kilalopress