Matadi : Ville noyée dans ses ordures – quand l’insalubrité transforme le plus grand port de la RDC en décharge nationale

19 septembre 2025 – Matadi, vitrine économique de la RDC, son plus grand port maritime, devrait incarner la puissance commerciale du pays. Mais ce que voient les voyageurs, ce n’est pas la splendeur d’un hub stratégique : ce sont des collines de plastique, des caniveaux transformés en égouts à ciel ouvert, et l’odeur âcre d’une ville abandonnée par sa propre gouvernance. Comment la capitale du Kongo-Central, moteur des échanges maritimes, peut-elle être réduite à un dépotoir pestilentiel ?

Les scènes sont indignes d’un centre portuaire international : à Mongo, sur l’avenue Vivi, les ordures débordent jusqu’au milieu de la chaussée. Au marché Nzanza, les déchets organiques se mêlent aux sachets déchirés, piétinés par marchands et clients comme si la crasse était une fatalité. Sur la Route Nationale n°1, entre Mvuadu et la place Coca, les caniveaux sont de véritables fosses septiques. Et près du stade Lumumba, les canalisations charrient des matières fécales. Faut-il attendre l’épidémie pour bouger ?

Les slogans officiels – « Matadi Propre », « Salongo du samedi » – ne sont plus que des reliques de communication. Qu’ont-ils réellement produit, sinon des photos pour les réseaux sociaux ? Où sont passés les budgets d’assainissement ? Où sont les plans de collecte ? Qui contrôle les entreprises chargées du ramassage ? Les autorités se retranchent derrière la saison des pluies qui approche, mais depuis quand la pluie remplace-t-elle une politique publique ?

Matadi n’est pas un village isolé : c’est l’artère maritime d’un pays-continent. Chaque cargaison qui transite par ce port côtoie aujourd’hui des mares de déchets. Quel investisseur veut s’arrimer à une ville où l’odeur d’égout précède la poignée de main ? Comment parler de « pays solution » pour le climat si sa porte d’entrée maritime est un foyer d’infections ?

Des immondices entassées dans une rue dans le quartier Mpasa à proximité du centre d’enfouissement. Photo Emmanuel Imbanda.

Le maire Dominique Nkodia Mbete promet encore un « grand assainissement ». Promesse ou rituel ? Les habitants, eux, n’y croient plus. L’État provincial et le gouvernement central se renvoient la balle pendant que les rats prospèrent. Jusqu’où faudra-t-il descendre pour que Kinshasa se réveille ? Faudra-t-il une épidémie de choléra dans les quartiers du port pour que les ministères se déplacent ?

Matadi mérite la beauté d’un port majeur, pas la laideur d’une décharge. La propreté n’est pas un luxe : c’est un droit, une condition de santé publique et de dignité. Gouvernants, où sont vos priorités ? Les citoyens font déjà leur part, mais ce n’est pas à eux de draguer les caniveaux avec leurs mains nues. L’assainissement est une politique, pas une corvée de samedi.

À force d’ignorer cette urgence, les décideurs jouent avec plus qu’une image : ils menacent la sécurité sanitaire nationale et hypothèquent le développement économique du pays tout entier. Matadi n’a pas besoin d’un énième plan PowerPoint. Elle exige, aujourd’hui, une action immédiate, durable et contrôlée. Le port peut redevenir la fierté du Congo, mais pas tant que ses rues resteront le miroir d’une démission politique.

Par kilalopress

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