Kinshasa, 11 janvier 2026- L’ancien ministre d’État au Plan, Christian Mwando Nsimba, dénonce le retard des travaux et le sous-financement du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) à travers la RDC. Selon lui, ces manquements compromettent la relance des économies locales et la connexion des populations aux infrastructures de base.
Dans le tumulte habituel des déclarations politiques, certaines prises de parole portent une densité particulière. Celle de Christian Mwando Nsimba, ancien ministre d’État au Plan et figure centrale de la conception du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), appartient à cette catégorie rare. En rompant un silence mesuré, l’homme ne s’exprime ni comme simple opposant, ni comme analyste extérieur, mais comme l’un des principaux ingénieurs d’un dispositif qu’il estime aujourd’hui vidé de son intention initiale. Son alerte, formulée sans emphase, résonne comme un signal faible mais structurant sur l’état réel des politiques de développement à la base en République démocratique du Congo
D’après ses propos, le cœur du problème ne se situerait pas dans l’architecture technique du programme, mais dans des choix opérés en amont et en aval de sa mise en œuvre. « Le problème n’est pas technique, il est politique et budgétaire », affirme-t-il, pointant notamment les retards chroniques, les décaissements partiels et l’abandon des routes de desserte agricole, pourtant identifiées comme des leviers essentiels de relance des économies locales. Une lecture que recoupent plusieurs acteurs du secteur de la planification, pour qui le PDL-145T semble avoir perdu sa cohérence territoriale au fil des arbitrages successifs.
Cette parole trouve sa crédibilité dans un parcours singulier, façonné par une culture de la gestion et de la planification. Né à Lubumbashi le 27 mars 1965, Christian Mwando Nsimba est issu de cette génération de cadres congolais formés hors du pays avant de revenir investir l’appareil public. Diplômé ingénieur commercial et de gestion de l’Université catholique de Louvain, avec distinction, il a été formé aux outils de l’économie appliquée, de l’analyse financière et de la stratégie. Une formation qu’il met d’abord au service du secteur privé international, notamment chez Unilever/Marsavco, où il exerce comme brand manager, avant de poursuivre au sein du groupe Sintexkin–Cotolu–UPAK, en charge de la fiscalité, des contentieux et des relations avec l’État.
Cette immersion prolongée dans l’entreprise privée, selon des observateurs, a profondément marqué sa vision de l’action publique : priorité à la planification, discipline budgétaire, exigence de résultats et obligation de rendre compte. Des principes qu’il tentera de transposer, parfois à contre-courant, dans l’administration congolaise.
Avant son entrée au gouvernement central, son passage par les milieux patronaux, notamment à la Fédération des entreprises du Congo (FEC) à Lubumbashi, contribue à structurer cette approche. Élu président de la branche locale avant de siéger au conseil provincial du Katanga, il y défend une articulation étroite entre fiscalité, développement et responsabilité institutionnelle. En 2007, sa nomination au gouvernement provincial du Katanga, d’abord comme ministre du Budget et du Plan, puis comme ministre des Finances, de l’Économie et du Commerce, marque un tournant. Il y pilote un plan triennal de développement, met en place la chaîne de la dépense, impulse la décentralisation financière et crée la Direction des recettes du Katanga (DRKAT). Ces réformes, estiment plusieurs analystes, ont contribué à une augmentation significative des recettes provinciales et à une plus grande lisibilité de la gestion publique.
Sur le plan politique, Christian Mwando Nsimba suit un itinéraire structuré. Cadre de l’UNADEF qu’il dirigera au niveau national, il participe ensuite à la création de la plateforme Ensemble pour la République aux côtés de Moïse Katumbi, avant de rejoindre, en 2019, la majorité présidentielle à travers l’Union sacrée de la Nation. Une trajectoire marquée par des repositionnements stratégiques, mais au cours de laquelle il conserve, selon ses proches, un profil de technicien davantage que de tribun.
À l’Assemblée nationale, où il est élu député dès 2011, il s’impose progressivement comme une référence sur les questions économiques et budgétaires. Membre de la commission Écofin, puis président de la commission permanente des Infrastructures, de l’Aménagement du territoire et des NTIC entre 2019 et 2021, il travaille sur les grands projets structurants, le désenclavement et la modernisation des services publics. Une expérience parlementaire qui consolide sa maîtrise des rouages institutionnels. C’est toutefois à la tête du ministère du Plan, à partir d’avril 2021, que son empreinte devient la plus visible. Il est alors l’un des principaux architectes du PDL-145T, conçu comme un instrument de correction des déséquilibres territoriaux et de rapprochement de l’État avec les populations. Sous son impulsion sont également structurés la Politique nationale de l’aide, le cadre juridique des partenariats public-privé et le plan de retrait progressif et responsable de la MONUSCO, co-piloté dans un contexte diplomatique et sécuritaire délicat.

Selon Christian Mwando, le PDL-145T devait constituer « le socle d’un développement à partir de la base ». Or, à en croire ses déclarations, moins de 10 % des prévisions budgétaires auraient été effectivement décaissées depuis 2023, tandis que des composantes clés, comme les routes de desserte agricole, seraient restées à l’état de promesse. Des chiffres qu’il avance en connaissance des circuits décisionnels et budgétaires, et qui interrogent la capacité de l’État à maintenir la cohérence de ses programmes structurants dans la durée.
Depuis son départ du gouvernement en 2022 et son retour dans l’opposition, renforcé par son élection en 2024 à la tête du groupe parlementaire Ensemble, il développe une critique méthodique, fondée sur les mécanismes financiers et la hiérarchisation des priorités publiques. Une opposition budgétaire et documentée, rare dans un paysage politique souvent dominé par les slogans. En remettant aujourd’hui le PDL-145T au centre du débat, Christian Mwando Nsimba ne se contente pas, selon plusieurs analystes, d’un exercice de dénonciation. Il pose, en creux, une question plus large : celle de la capacité de la RDC à inscrire ses ambitions de développement territorial dans une logique de continuité, de financement effectif et de redevabilité. Derrière le destin d’un programme, c’est une certaine idée de la gouvernance publique planifier, financer, exécuter et rendre compte qui se trouve, une fois encore, mise à l’épreuve.
Par kilalopress