RDC : une coordination technique nationale mise en place par l’ICCN et les ministères, en attendant le protocole national de saisie et de conservation ex-situ

Pendant deux jours, du 16 au 17 février 2026, experts publics, gestionnaires de sanctuaires et partenaires techniques se sont réunis à Kinshasa pour engager l’élaboration d’un cadre national de confiscation, de saisie et de conservation ex-situ des animaux sauvages en République démocratique du Congo (RDC).

Les travaux, organisés à l’Hôtel Africana Palace sous la coordination de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), ont permis de poser les bases d’un dispositif opérationnel attendu de longue date dans la lutte contre la criminalité faunique. La RDC figure parmi les pays les plus riches au monde en biodiversité, avec des écosystèmes forestiers abritant de nombreuses espèces endémiques et protégées. Cette richesse reste cependant fortement menacée par le braconnage, la consommation de viande de brousse et le commerce illégal d’animaux sauvages, soutenus par une demande croissante à l’échelle internationale. Face à cette pression, la conservation ex-situ s’est progressivement imposée comme un outil complémentaire aux aires protégées. Elle permet à la fois la réhabilitation sanitaire d’animaux confisqués, leur protection temporaire ou permanente, et le renforcement de la sensibilisation environnementale des communautés locales.

Plusieurs sanctuaires spécialisés assurent déjà cette mission, chacun selon les espèces prises en charge : le Centre de Réhabilitation des Primates de Lwiro (CRPL) et le sanctuaire Jeunes Animaux Confisqués au Katanga (JACK) pour les primates, Lola ya Bonobo (actuel ABC) pour les bonobos, Grace Sanctuary pour les gorilles de plaines orientales (Graueri), tandis que le sanctuaire de Senkwekwe à Rumangabo est dédié aux gorilles de montagne. À ces structures s’ajoutent le sanctuaire de réhabilitation des perroquets P3CK et le sanctuaire P-WAC, impliqués dans la prise en charge d’autres espèces sauvages victimes du trafic.

L’atelier a été lancé et clôturé par le Directeur général de l’ICCN, M. Yves Milan Ngangay, qui a souligné l’importance d’harmoniser les actions sur le terrain afin de garantir la protection des espèces saisies hors aires protégées et a reconnu les efforts des gestionnaires des sanctuaires, tout en les invitant à respecter la législation congolaise sur la conservation de la nature. Avec l’appui de Panafrican Sanctuary Alliance (PASA), Dr Kizito Musubao Kakule a rappelé la volonté des acteurs du secteur de développer une coordination d’actions pour pérenniser la mission des sanctuaires et renforcer la collaboration entre partenaires.

Les travaux ont combiné exposés sur les expériences existantes, travaux en groupes et débats en plénière, permettant de produire des recommandations concrètes pour la mise en place d’outils de gestion harmonisés dans le secteur des sanctuaires. Ces échanges ont confirmé les défis structurels identifiés, notamment l’absence d’un cadre formalisé de coordination permanente, les difficultés de communication, le manque d’un protocole national harmonisé et d’une base de données centralisée, ainsi que la faible régularité des rapports techniques et sanitaires.

Contrairement aux attentes initiales, le protocole national de saisie, de confiscation et de conservation ex-situ n’est pas encore validé, mais il est en cours d’élaboration sur base des contributions techniques formulées lors des ateliers. Parmi les principaux consensus dégagés, figure la mise en place d’une coordination technique nationale dédiée à la conservation ex-situ et à la gestion des sanctuaires, composée d’agents de l’ICCN et des ministères sectoriels concernés. Cette instance aura pour mission d’assurer l’interface permanente entre les autorités publiques et les structures partenaires, de suivre l’application des orientations techniques et de prévenir les crises de communication.

Les participants se sont également accordés sur la nécessité de clarifier les rôles et responsabilités de chaque acteur impliqué dans les opérations de saisie, de transport, de placement et de suivi des animaux confisqués, ainsi que sur l’instauration de mécanismes de contrôle et d’inspection réguliers des sanctuaires. Au-delà de ces documents, ces deux journées ont permis de restaurer un dialogue technique structuré entre l’État et les acteurs de terrain, ouvrant la voie à une conservation ex-situ plus cohérente et mieux coordonnée, à l’heure où la pression du trafic faunique continue de peser lourdement sur la biodiversité congolaise.

Par kilalopress

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