La gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, et le directeur provincial du SAEMAPE s’opposent sur la gestion des creuseurs artisanaux, provoquant des blocages sur les sites miniers de Kolwezi fin janvier 2026. Ces désaccords, alimentés par des avis techniques controversés sur des concessions privées, inquiètent la société civile et les investisseurs locaux.
Depuis la fin janvier 2026, les désaccords sur l’application des directives provinciales dans les sites miniers mettent en lumière un conflit de gouvernance aux répercussions directes sur le secteur minier artisanal et sur les investisseurs locaux. Cette crise intervient quelques semaines après une série de manifestations violentes organisées par les creuseurs artisanaux, entre fin décembre 2025 et début janvier 2026, qui ont fait au moins deux morts à Kolwezi. Ces mouvements de colère avaient été déclenchés par la suspension temporaire de certaines unités de traitement et par des restrictions d’accès aux sites miniers, des mesures destinées à encadrer l’exploitation artisanale, mais qui ont été perçues par les creuseurs comme coercitives.
Au cœur du désaccord figure la conduite du directeur provincial du SAEMAPE, jugée par certains députés locaux comme un acte d’« insoumission ou d’insubordination ». Selon ces élus, le responsable aurait encouragé les exploitants artisanaux à intervenir sur des périmètres privés, en leur facilitant la délivrance de documents officiels, en contradiction avec les instructions de la gouverneure. Ces critiques ont conduit à des appels à sa suspension, estimant que son comportement fragilise l’autorité provinciale et compromet la régulation du secteur.

La société civile exprime de son côté une inquiétude plus large, pointant le risque que cette situation nuise aux investissements miniers et, par extension, à l’économie provinciale. Chadrak, coordonnateur de CASMI AG, une plateforme regroupant plusieurs organisations locales, interpelle : « Est-ce que l’État congolais mandate son service pour accompagner les artisanaux sur des sites appartenant à autrui et émettre des avis techniques sur des périmètres privés ? C’est une déviation manifeste. La constitution est claire : la propriété privée est sacrée. » À ses yeux, la pratique du SAEMAPE, en délivrant certains avis techniques, pourrait encourager l’envahissement illégal des concessions privées, décourageant les investisseurs et fragilisant la stabilité économique locale.
Face à cette escalade, la gouverneure Fifi Masuka Saini a choisi d’intervenir directement pour apaiser les tensions. D’après nos recoupements, elle a promis la mise en place d’une commission spéciale chargée de réguler l’accès et l’encadrement des sites miniers, tout en autorisant temporairement certains creuseurs à regagner les périmètres affectés, une mesure visant à calmer les protestations de la population. À en croire plusieurs observateurs du secteur, cette confrontation illustre les difficultés structurelles dans la régulation de l’exploitation minière artisanale en RDC : concilier protection de la propriété privée, encadrement des creuseurs et attractivité pour les investisseurs reste un défi permanent. La manière dont la province du Lualaba gérera ce bras de fer pourrait servir de baromètre pour la gouvernance minière dans d’autres provinces à forte activité artisanale.
Par kilalopress