Près de deux ans après la renégociation du contrat minier liant la République démocratique du Congo au consortium d’entreprises chinoises, le projet Sicomines demeure au cœur des débats publics et économiques. La première édition du Forum médias Chine–RDC, organisée les 18 et 19 mars à Kinshasa, a été l’occasion de confronter analyses, critiques et bilans sur ce dossier emblématique.
Invité à prendre la parole, Jules Alingete Key, ancien chef de service de l’Inspection générale des finances (IGF), a défendu la révision du contrat avec une vigueur qui tranchait avec le scepticisme ambiant. Selon lui, la revisitation visait à corriger des dérives anciennes et à renforcer les mécanismes de gouvernance autour d’un partenariat longtemps critiqué pour son opacité. « Je voudrais sincèrement dire aux Congolaises et aux Congolais de ne pas prêter oreille aux vendeurs d’illusions et aux politiciens qui, par manque de discours, viennent jeter de l’opprobre sur une revisitation qui est une grande réussite pour notre pays », a-t-il insisté.
L’ancien responsable de l’IGF a rappelé que cette révision avait été conduite sous l’autorité directe du président de la République et validée au plus haut niveau de l’État. D’après lui, l’opération a permis « d’extirper les incongruités, notamment la corruption et les mauvaises pratiques qui entouraient ce projet depuis sa signature ». À en croire certaines analyses, cette réorientation serait présentée comme un modèle de partenariat dit « gagnant-gagnant » entre la RDC et ses partenaires chinois.
Sur le plan financier, les chiffres avancés par Jules Alingete Key mettent en lumière un rééquilibrage supposé : le projet Sicomines générerait environ 900 millions de dollars par an, dont 324 millions de dollars alloués à la RDC pour les infrastructures et 150 millions de dollars reversés à la Gécamines sous forme de dividendes. L’ensemble des retombées pour le pays atteindrait donc 470 millions de dollars annuels, contre 400 millions pour la partie chinoise. Sur une projection de vingt ans, ce mécanisme pourrait financer près de 7 milliards de dollars d’infrastructures.
Pour étayer ces chiffres, l’ancien chef de l’IGF cite des réalisations concrètes : routes, rocades et ouvrages d’intérêt public à travers le territoire. Il compare ces investissements aux performances passées, estimant que « si vous prenez tous les projets en cours, nous sommes à plus de 650 millions USD en deux ans, alors qu’avant la revisitation, la RDC n’avait bénéficié que de 800 millions en 15 ans ». La question qu’il pose reste cependant ouverte : « Est-ce qu’on a gagné ou on a perdu ? » Selon lui, près de 70 % des travaux d’infrastructures en cours dans le pays seraient aujourd’hui financés grâce à ce partenariat.
Au-delà de l’infrastructure, Sicomines aurait aussi permis de répondre à des besoins urgents, notamment lors de la tenue de la Conférence des gouverneurs, pour laquelle le projet a contribué à la remise en état des routes et ponts.
Dans ce contexte, Freddy Yodi Shembo, directeur général de l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration, a annoncé le lancement prochain d’un audit technique et financier du projet Sicomines. Cette analyse, couvrant 17 années d’exécution depuis l’ère Kabila jusqu’à l’actuel mandat de Félix Tshisekedi, sera confiée à des firmes internationales et vise à établir « la vérité des chiffres ». L’objectif, a-t-il précisé, n’est pas de poursuivre des responsables, mais de renforcer la transparence et la crédibilité de la gestion des ressources.
Les conclusions de cet audit pourraient ouvrir la voie à de nouvelles discussions avec les partenaires chinois, laissant entrevoir la perspective d’un sixième avenant au contrat. À en croire des observateurs, ce débat illustre à la fois les enjeux stratégiques que représente la gestion des ressources naturelles et la tension constante entre efficacité économique, souveraineté nationale et exigence de transparence. Dans un pays où les promesses de développement se mesurent souvent en milliards de dollars, chaque chiffre suscite des interrogations et des controverses qui dépassent la seule sphère économique pour toucher au cœur de la confiance publique.
Par kilalopress