À Muanda, sur cette frange côtière où l’Atlantique façonne à la fois les paysages et les moyens de subsistance, la question de la survie des écosystèmes littoraux s’impose avec une acuité croissante. Entre pressions anthropiques, vulnérabilité climatique et fragilité des habitats, les mangroves et les tortues marines apparaissent aujourd’hui comme des indicateurs sensibles d’un équilibre écologique en tension.
C’est dans ce contexte que l’ONGD 100 Jeunes pour le Développement du Congo, avec l’appui technique de COMUS et le soutien financier du Pulitzer Center, a tenu, ce vendredi 20 mars 2026, une journée de sensibilisation à Muanda. L’initiative, organisée dans la salle des conférences de l’ICCN, a réuni une quarantaine de participants — jeunes, pêcheurs et représentants de la société civile — autour d’un objectif affiché : susciter une prise de conscience collective et encourager des dynamiques locales en faveur de la protection des mangroves et des tortues marines.
Au fil des échanges, l’accent a été mis sur le rôle structurant de ces écosystèmes. D’après les experts présents, les mangroves constituent des barrières naturelles contre l’érosion côtière, tout en jouant une fonction essentielle de nurserie pour de nombreuses espèces halieutiques. Dans une zone où la pêche reste un pilier économique, leur dégradation progressive fait peser des risques directs sur la sécurité alimentaire. Les tortues marines, quant à elles, participent à la régulation des chaînes trophiques marines, contribuant ainsi au maintien de la biodiversité.
Selon les participants, la journée a également permis de revisiter les liens entre information environnementale et mobilisation citoyenne. Des reportages soutenus par le Pulitzer Center ont été évoqués comme leviers de sensibilisation, dans un contexte où la production d’un journalisme rigoureux est perçue comme un outil stratégique pour éclairer les décisions locales et influencer les comportements.
Pour Dieu Merci Diavangana, coordonnateur national de l’ONGD 100 Jeunes, cette rencontre s’inscrivait dans une démarche plus large de responsabilisation des acteurs locaux. « Cette activité vise à lancer un véritable appel à l’action pour la protection des mangroves et des tortues marines, et à mobiliser nos communautés pour un engagement concret en faveur de l’environnement », a-t-il expliqué, soulignant la nécessité d’un passage de la sensibilisation à l’action.
Les discussions ont, par ailleurs, mis en lumière la nécessité de réponses techniques adaptées. L’ingénieur Flory Mbudi, chercheur et acteur de la société civile, a insisté sur l’urgence d’opérations structurées de conservation et de restauration. « Il est urgent de mettre en place des actions concrètes : conservation technique, restauration active et pépinières pour reboiser les zones dégradées », a-t-il indiqué. À en croire certaines analyses, ce type d’approche, combinant régénération écologique et implication communautaire, pourrait contribuer à stabiliser les écosystèmes tout en ouvrant des perspectives économiques, notamment à travers un potentiel écotouristique encore peu exploité dans la région.
Du côté des autorités de gestion, le discours s’est voulu à la fois pragmatique et inclusif. Mr De Dieu Biawombe, Directeur Chef du Parc Marin des Mangroves et Directeur Provincial de l’ICCN au Kongo Central, a rappelé que la durabilité des efforts dépend largement de l’appropriation locale. « Les populations locales sont les premiers propriétaires du parc, nous ne sommes là que pour les accompagner. Si nous protégeons bien le parc, il y aura suffisamment de poissons, garantissant la sécurité alimentaire et le développement local », a-t-il déclaré. Une position qui rejoint les approches contemporaines de gouvernance environnementale, privilégiant la co-gestion et l’intégration des savoirs locaux.

Au-delà des discours, cette journée semble avoir révélé une convergence d’intérêts entre acteurs institutionnels, société civile et communautés riveraines. Si les défis restent nombreux — pression démographique, exploitation non régulée des ressources, effets du changement climatique —, des observateurs estiment que ce type d’initiative contribue à structurer un socle de réponses locales, encore fragile mais indispensable.
Dans une région où les équilibres écologiques conditionnent directement les équilibres sociaux, la préservation des mangroves et des tortues marines apparaît moins comme un enjeu sectoriel que comme une question de résilience territoriale. À Muanda, l’avenir de ces écosystèmes se joue désormais à l’intersection de la science, de la gouvernance et de l’engagement communautaire — un triptyque dont la solidité déterminera, à terme, la capacité des populations à faire face aux mutations environnementales en cours.
Par kilalopress