Le 11 décembre dernier, Tenke Fungurume Mining (TFM) a procédé à la remise d’un nouveau lot de projets communautaires, conformément au cahier des charges signé en 2021 avec les communautés locales. Écoles, infrastructures agricoles, équipements d’assainissement, accès à l’eau potable : la cérémonie a été présentée comme une étape visible dans la relation entre la société et ses voisins. Toutefois, derrière les discours officiels, certaines interrogations subsistent : les communautés locales ont-elles bénéficié de manière proportionnée aux décennies d’exploitation minière sur leurs territoires ?
Selon les rapports de Freeport-McMoRan, ancien opérateur majoritaire du projet, puis de China Molybdenum (CMOC), actionnaire principal actuel, et les données du US Geological Survey (USGS), le complexe minier de Tenke Fungurume figure parmi les gisements de cuivre et de cobalt les plus importants au monde. Il est exploité de façon industrielle continue depuis le début des années 2000. Cette exploitation, stratégique pour l’économie congolaise et pour la chaîne mondiale des métaux dits de la transition énergétique, s’est développée au cœur de zones habitées.
Avant 2021, les villages de Lukotola, Sangana, Mpumpi, Mpumpi Gare, Mwanga Musonge, Kafwaya, Tshilongo, Nguba, Tenke et d’autres localités de la chefferie des Bayeke et de la commune de Fungurume se situaient à proximité des carrières, des usines de traitement, des dépôts de résidus miniers et des axes logistiques de TFM. Durant cette période, la cohabitation entre activité industrielle et vie communautaire semble avoir été déséquilibrée : pertes ou réduction de terres agricoles, déplacements de populations, exposition à la poussière et aux nuisances industrielles, infrastructures publiques limitées. « Nous voyions sortir chaque jour des camions chargés de minerais, mais nos enfants continuaient à étudier dans des écoles délabrées », confie un ancien chef de quartier de Mpumpi. Les initiatives sociales existaient, mais sans cadre juridiquement contraignant ni mécanisme structuré de suivi communautaire.
La signature du cahier des charges 2021-2025, ainsi que l’application du Code minier révisé, ont introduit un cadre formel et quantifié : plus de 31 millions de dollars américains destinés à financer des projets communautaires, supervisés par les Comités locaux de développement (CLD). Depuis, plusieurs infrastructures ont été livrées. Dans le domaine de l’éducation, cinq écoles primaires neuves et équipées ont été construites à Mpumpi Gare, Sangana, Tshilongo, Mwanga Musonge et Kafwaya, deux écoles maternelles remises à Tenke et Nguba, et l’école professionnelle de Lukotola réhabilitée. Dans les secteurs de la santé, de l’assainissement et de l’environnement, sept camions-poubelles et 28 bacs métalliques ont été distribués dans la commune de Fungurume et la chefferie des Bayeke. L’agriculture a bénéficié de la construction d’un entrepôt de 450 tonnes à Lukotola, d’un hangar pour tracteurs et de la fourniture d’intrants pour la mise en culture de 1 500 hectares de maïs, dans un contexte d’insécurité alimentaire persistante. À cela s’ajoute un forage industriel capable de fournir jusqu’à 200 m³ d’eau potable, destiné à approvisionner plusieurs milliers de personnes. Ces infrastructures ont été remises aux CLD, chargés d’en assurer la gestion.
Sur le terrain, certains témoignages soulignent des évolutions tangibles. « Depuis 2021, il y a des changements visibles, c’est indéniable », reconnaît une enseignante de Mwanga Musonge. « Mais ces changements arrivent après de longues années d’attente. » La question de la proportionnalité demeure centrale : les revenus générés par TFM sont estimés en centaines de millions, voire en milliards de dollars par an, tandis que l’investissement communautaire, bien que significatif, reste limité dans le temps et dans son ampleur. « Ce que nous recevons aujourd’hui ressemble davantage à une compensation qu’à un partage de la richesse », observe un jeune leader communautaire de Fungurume.
Plusieurs attentes persistent. Les communautés évoquent notamment la création d’emplois locaux durables et qualifiés, un transfert de compétences techniques, une autonomisation économique après la mine, ainsi que la prise en charge des impacts environnementaux cumulés sur les sols, l’eau et la santé. « Une école ne remplace pas une terre perdue, et un camion-poubelle ne soigne pas une pollution invisible », résume un agriculteur de la chefferie des Bayeke.
Le cahier des charges 2021-2025 constitue une avancée dans la relation entre TFM et les communautés locales, en traduisant des revendications longtemps ignorées en projets concrets. Cependant, il s’agit avant tout d’une obligation légale, plutôt que d’un partage pleinement équitable de la valeur minière accumulée depuis plus de vingt ans. À Tenke et Fungurume, la mine commence à laisser des infrastructures là où elle avait longtemps laissé des cicatrices. Reste à observer si ces réalisations suffiront à préparer l’après-mine, ou si elles ne constitueront qu’un épisode tardif dans l’histoire des richesses extraites.
Par Kilalopress