À Lubumbashi et Likasi, la visite de la Professeure Marie Nyange Ndambo, Ministre de l’Environnement, soulève plus de questions que de réponses. Alors que la population s’interroge sur l’impact réel de l’exploitation minière sur les rivières et les sols, les discussions à venir avec la société civile et la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) semblent devoir aborder des enjeux bien plus sensibles.
Qu’attend la société civile de cette rencontre ? Les organisations locales souhaitent savoir comment le ministère compte faire face à l’ampleur de l’exploitation illégale de cuivre et de cobalt, qui, selon des estimations récentes, génère près de 2 milliards de dollars par an uniquement dans les concessions d’Eurasian Resources Group (ERG). La présence de creuseurs artisanaux sur certains sites, déjà envahis l’an dernier, pose la question du contrôle et de la responsabilité environnementale. Comment les normes seront-elles appliquées quand des intérêts privés puissants se mêlent à des réseaux informels et souvent violents ?
Dans le même temps, les murmures sur l’implication de certains membres du clan présidentiel dans l’exploitation artisanale du Lualaba complexifient le débat. Les observateurs se demandent si la ministre saura aborder la délicate question de ces « liaisons dangereuses » entre exploitants illégaux, acteurs miniers et sphère politique. Peut-elle, dans ce contexte, imposer une régulation stricte sans heurter des intérêts sensibles ?
Les associations et experts attendent également des éclaircissements sur les suites du deal avec ERG, récemment mis en lumière lors du déplacement présidentiel à Astana. Comment le ministère compte-t-il garantir que les concessions concernées ne continuent pas à subir des pollutions massives ? Et surtout, quelles mesures concrètes de prévention et de réparation environnementale seront mises en œuvre pour les populations locales déjà touchées ? Plus largement, la question plane sur toute la province : pourquoi concentrer l’attention sur le Haut-Katanga alors que d’autres régions minières font face à des effondrements, des inondations et des déplacements forcés ? Les habitants se demandent si cette visite se traduira par des actions tangibles ou restera un geste symbolique, destiné à calmer l’opinion publique avant tout.
Alors que la ministre se prépare à rencontrer FEC et société civile, le terrain pose des questions que ses déclarations protocolaires ne pourront satisfaire. Quels engagements précis pour la protection des rivières et des sols ? Quelle indépendance réelle pour l’administration environnementale face aux intérêts miniers ? Et surtout, à quel rythme ces mesures seront-elles mises en œuvre ? En filigrane, la communauté observe et attend : chaque réponse manquante ou chaque détour diplomatique renforcera le scepticisme, mais chaque décision concrète pourrait redéfinir la crédibilité de la ministre face aux crises environnementales persistantes du Haut-Katanga et du Lualaba.
Par kilalopress