RDC le 18 août 2025 – En République démocratique du Congo, l’absurde flirte avec le scandale. Alors qu’une taxe de 10 dollars par tonne sur les produits agricoles d’exportation a été officiellement supprimée depuis plus d’un an, les exportateurs continuent de la payer. Pourquoi ? Parce que l’Office congolais de contrôle (OCC), bras censé être technique de l’État, fait la sourde oreille face à l’instruction ministérielle. Une insubordination qui soulève une question dérangeante : qui contrôle vraiment l’économie en RDC ?
Le 16 août 2025, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a adressé une mise en demeure au directeur général de l’OCC, Étienne Tshimanga. Ce dernier a sept jours, montre en main, pour expliquer pourquoi son institution continue d’imposer une taxe déclarée illégale depuis février 2024. La mesure avait pourtant été prise dans le cadre des engagements de la RDC envers l’Organisation mondiale du commerce (OMC), visant à faciliter les échanges et améliorer le climat des affaires.
Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. À Beni, l’un des principaux foyers de production de cacao et de café, les camions quittant les plantations sont toujours ponctionnés par l’OCC, à hauteur de 150 à 300 dollars chacun. L’association des exportateurs de cacao et café de la RDC, appuyée par la section locale de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), crie à l’escroquerie d’État.

Il faut rappeler que cette fameuse taxe avait été supprimée par écrit par le ministre Paluku. Pourtant, dans les faits, rien n’a changé. Cette incohérence n’est pas qu’un détail administratif : elle fragilise la confiance dans l’État, décourage les investisseurs et alourdit les coûts pour des filières agricoles déjà sous pression. Plus grave encore, elle met en lumière un problème structurel : l’incapacité du pouvoir exécutif à faire appliquer ses propres décisions.
Dans un pays où les tracasseries administratives sont érigées en système, l’attitude de l’OCC ressemble à un bras d’honneur adressé au gouvernement. Est-ce de la simple négligence bureaucratique ou une rébellion silencieuse d’un organe trop habitué à se servir au passage ? Les observateurs du secteur n’excluent aucune hypothèse. Cette affaire dépasse largement le cadre d’une simple taxe. Elle soulève un malaise plus profond : celui d’un État éclaté, où les instructions des ministres sont traitées comme de vagues suggestions par les structures publiques. La question n’est plus seulement économique, elle est politique : comment expliquer qu’un établissement sous tutelle se permette d’ignorer une décision de son propre ministre ?

La réponse pourrait bien se trouver dans les circuits opaques de financement non officiels de certaines institutions publiques, souvent contraintes de s’auto-financer sur le dos des opérateurs économiques. Une pratique tolérée, voire encouragée en coulisses, mais qui explose aujourd’hui au grand jour avec ce cas de l’OCC. La mise en demeure d’Étienne Tshimanga est une tentative de reprise en main. Mais à quelques mois de grands rendez-vous économiques internationaux, et alors que Kinshasa tente de redorer son blason auprès des partenaires étrangers, cette affaire tombe mal. Elle offre une image peu flatteuse d’un pays où les décisions gouvernementales n’ont de valeur que sur papier.
Le temps presse. Les sept jours donnés à l’OCC expirent bientôt. Le ministre actuel osera-t-il aller au bout et sanctionner un DG d’établissement public ? Ou assisterons-nous à un énième enterrement administratif d’un scandale pourtant criant ? Ce qui est sûr, c’est que les exportateurs, eux, n’attendront pas indéfiniment. Chaque dollar extorqué en trop est un frein à l’essor d’un secteur agricole que le pays prétend vouloir développer. Et chaque jour d’inaction est une gifle à l’idée même de gouvernance. Rappelons que la RDC a ratifié en 2023 l’Accord sur la facilitation des échanges de l’OMC, censé réduire les obstacles au commerce et améliorer l’environnement des affaires. L’affaire de la taxe OCC en est l’antithèse flagrante.
Par kilalopress