Crise du cobalt : la Chine encaisse le coup du blocage congolais, mais garde le cap mais jusqu’a quand

RDC – Août 2025 – Depuis plusieurs mois, la République démocratique du Congo (RDC) impose un sérieux coup de frein à l’exportation de cobalt, et les répercussions continuent de secouer le marché mondial. En juillet 2025, les importations chinoises de cobalt intermédiaire ont encore plongé, selon les chiffres officiels publiés par l’administration générale des douanes chinoises (GACC). Ce n’est pas une surprise, mais la chute reste impressionnante : 4 143 tonnes importées contre près de 5 700 en juin, et surtout un effondrement de plus de 70 % par rapport à juillet 2024.

Ce recul s’inscrit dans la continuité du blocage mis en place par Kinshasa depuis février, prolongé en juin pour trois mois supplémentaires. Et vu le rôle central de la RDC — qui produit à elle seule environ 70 % du cobalt mondial — le marché global n’avait pas vraiment besoin de ça.

Malgré cette baisse marquée, plusieurs acteurs du marché chinois s’attendaient à une chute encore plus sévère. Le fait que certains stocks existent encore — notamment dans les zones sous douane — et que certains contrats à long terme soient toujours honorés, a permis d’amortir temporairement l’impact. Le marché reste stable à court terme, même si les signaux de tension sont bien présents.

Le cobalt hydroxide, forme intermédiaire clé dans l’industrie, a vu ses prix grimper significativement ces dernières semaines. Le 20 août, le prix atteignait entre 13,10 et 13,30 dollars la livre, contre à peine 12 dollars deux mois plus tôt, avant l’annonce de l’extension de l’interdiction congolaise. Cette hausse traduit une offre qui se resserre et des perspectives d’approvisionnement de plus en plus incertaines pour les industries chinoises.

Côté exportations, la Chine semble mieux résister. Le pays a exporté 978 tonnes de cobalt métal en juillet, en légère hausse par rapport au mois précédent, et bien au-dessus du volume de juillet 2024. Les Pays-Bas restent le premier acheteur. Cependant, malgré cette stabilité apparente, la demande européenne reste modérée, notamment en raison des stocks élevés et d’une activité industrielle ralentie en été. Derrière ces chiffres se cache une réalité que la Chine — et les grandes puissances consommatrices — ne peuvent plus ignorer. En imposant ce blocage, la RDC rappelle qu’elle n’est pas un simple fournisseur de matières premières à bas prix. Elle affirme sa souveraineté économique et entend désormais valoriser son cobalt à sa juste valeur.

Pendant des décennies, le cobalt congolais a été exporté brut, sans transformation locale, au détriment de l’économie nationale. Aujourd’hui, cette suspension des exportations vise à provoquer un changement de modèle : encourager l’investissement dans la transformation sur place, créer de la valeur ajoutée en RDC et, à terme, améliorer les conditions de vie de ses habitants.

Ce message s’adresse directement à Pékin. Premier partenaire commercial de la RDC, la Chine est aussi le principal bénéficiaire du cobalt congolais, vital pour ses industries de batteries, de véhicules électriques et de haute technologie. La situation actuelle devrait l’amener à repenser sa relation avec le pays : non plus sur la base d’un approvisionnement brut, mais sur celle d’un partenariat équitable, respectueux du développement local. Investir en RDC, ce n’est pas seulement extraire — c’est aussi former, transformer, et partager la richesse. Ce virage, la Chine peut le prendre. Elle a les moyens, les technologies, et les intérêts stratégiques pour le faire.

Cette crise représente aussi un moment décisif pour les dirigeants congolais. L’enjeu n’est pas seulement commercial — il est historique. En maintenant cette politique, Kinshasa envoie un signal de souveraineté et d’ambition. Il faut maintenant aller jusqu’au bout : poser les bases d’une industrie locale, exiger la transformation sur place, et faire en sorte que le cobalt profite enfin à ceux qui vivent sur cette terre. Le chemin sera long, semé d’obstacles, de pressions et de négociations. Mais il pourrait marquer un tournant : celui où la RDC cesse d’être exploitée pour devenir un acteur central, maître de sa ressource et moteur de son propre développement.

Par kilalopress

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