L’affaire des chimpanzés disparus en République démocratique du Congo dépasse largement le cadre d’un simple scandale administratif. Elle révèle une fissure profonde dans la gouvernance environnementale nationale et met en lumière une question obsédante que les acteurs de terrain posent sans relâche : où sont passés les animaux ?
C’est dans ce contexte que les organisations regroupées au sein de la Société Civile Environnementale en RDC, membres de SOCEARUCO et du Congo Basin Conservation Society (CBCS-Network), adressent une note officielle à la Ministre de l’Environnement. La prise de position s’appuie sur une série de faits vérifiés qui, mis bout à bout, dessinent un tableau accablant.
L’enquête qui dérange montre que neuf chimpanzés étaient enregistrés au zoo de Kinshasa et censés avoir été exportés vers Vantara, en Inde. Les documents en indiquent neuf, mais la réalité en révèle seulement huit ayant quitté le territoire. La neuvième, une femelle encore présente au zoo, abandonnée dans une cage délabrée, contredit la version administrative officielle et devient la première preuve tangible d’un mensonge de fond.

Plus troublant encore, l’affaire des six chimpanzés de Buta cachés sous la bâche en plastique bleue au jardin zoologique de Kinshasa ajoute une nouvelle couche de noirceur. Ces bébés, dissimulés dans une cache connue seulement de quelques initiés, ont aujourd’hui disparu. Aucun rapport, aucun transfert, aucune explication. Le zoo ne contient plus aucune trace de leur présence. Ils semblent s’être volatilisés, comme si leur existence même devait être effacée.

À cela s’ajoute la disparition de six autres chimpanzé venus de buta et qui n’ont même pas vu la porte du zoo de kinshasa car celui ci étant en pleine réhabilitation mais malheureusement aussi porter disparut. Et s’en suit deux autres petits chimpanze venus du zoo de kisangani en date du 4 fevrier 2025 mais aussi disparu et a cela s’ajoute la liste d’une vingtaine de chimpanzés du parc de la N’sele, autre épisode qui fait émerger un trou noir administratif. Est-ce que les six font partie du lot de vingt ? Là aussi, c’est une question qui fait planer les doutes selon cette correspondance de la société civile.

Ces animaux avaient été observés, filmés, photographiés, mais plus rien ne subsiste aujourd’hui : aucune fiche, aucun registre, aucun permis CITES n’atteste d’un quelconque transfert légal. L’absence totale de documentation ranime une interrogation implacable : ces animaux sont-ils morts, ou ont-ils été exportés clandestinement, et sous quel fondement juridique ? La question devient encore plus brûlante lorsqu’on se rappelle que la RDC possède des sanctuaires agréés, équipés et spécialisés, qui n’ont pourtant jamais été sollicités pour accueillir ces animaux vulnérables.
Au fil des constats, une mécanique préoccupante apparaît, laissant deviner l’existence d’un système parallèle, une véritable mafia de la biodiversité opérant derrière le paravent institutionnel. Les structures censées protéger la faune semblent transformées en rouage d’une économie criminelle où chaque cage vide et chaque permis introuvable alimente un réseau opaque et lucratif.
Ces éléments, intégrés dans la lettre de position, replacent ce scandale dans son cadre légal. La société civile rappelle que la RDC viole plusieurs normes fondamentales : la Constitution, la loi nationale sur la conservation, la Convention CITES et les résolutions internationales encadrant l’élevage et les transferts. Le rapport SC78 de la CITES, publié en novembre 2025 à Samarkand, confirme de graves incohérences, notamment la traçabilité impossible de nombreux animaux, l’usage abusif du code « C » pour les déclarer nés en captivité et l’absence totale de preuves d’élevage légal. Entre juillet 2024 et juin 2025, la RDC a exporté 2 272 animaux, dont 1 017 singes et 9 chimpanzés, un volume anormal qui ne peut être attribué au hasard. Pendant ce temps, les animaux saisis restent stockés dans des garages, les bébés meurent de malnutrition, les sanctuaires sont ignorés et l’ICCN entretient un double jeu qui fragilise toute gouvernance environnementale.

Face à ce qui s’apparente à un effondrement institutionnel, la Société Civile Environnementale formule une série de 16 recommandations urgentes. Parmi elles figurent un moratoire immédiat sur tous les contrats liés à la faune sauvage, notamment ceux conclus avec Vantara, le Qatar et l’Union européenne ; l’ouverture d’une enquête indépendante sur la disparition des chimpanzés ; la publication du protocole d’accord entre l’ICCN et Vantara ; une clarification des responsabilités entre l’ICCN et le Corps PPN ; la transparence totale sur les exportations ; la suspension des cadres impliqués ; la création d’une commission nationale de traçabilité ; la mise en place d’un système électronique sécurisé pour les permis CITES ; des poursuites judiciaires pour trafic d’espèces protégées ; et le transfert obligatoire des animaux vers des sanctuaires agréés. Un audit complet de l’ICCN et de ses partenaires figure également parmi les exigences centrales.

La note de position précise que, sans réponse rapide et action concrète du Gouvernement, la société civile saisira le Secrétariat CITES et engagera une procédure judiciaire contre l’État congolais pour inaction. La conclusion est sans ambiguïté : cette correspondance n’est pas une dénonciation ordinaire. Elle représente une alerte nationale, un signal rouge face à la disparition silencieuse du patrimoine naturel de la RDC. Le scandale des chimpanzés disparus ne constitue pas un incident isolé, mais le révélateur d’un système entier désormais mis à nu, et dont les responsables devront répondre.
Par Kilalopress