Kinshasa, Gombe — C’est dans une ambiance à la fois conviviale et symboliquement marquée par les coupures de courant que la Coalition des Organisations de la Société Civile pour le Suivi des Réformes et de l’Action Publique (CORAP) a réuni, ce lundi, plusieurs journalistes autour d’un dîner d’échanges au restaurant Les Auspices. Une soirée pensée, justement, pour renforcer un partenariat durable avec les médias et dévoiler les premiers résultats de son nouveau baromètre sur l’accès à l’électricité.
Dès l’ouverture, les organisateurs ont annoncé un agenda dense, reflet de l’importance stratégique du sujet. Au programme, la présentation de la CORAP, la projection de vidéos issues du baromètre de l’électricité, des discussions techniques avec la presse, et un moment de co-construction des recommandations pour une meilleure couverture des enjeux énergétiques. Monsiuer Iris, chargé de programme au sein de la Corap, a d’ailleurs tenu à clarifier un point souvent mal compris dans l’opinion : même si beaucoup associent encore la coalition au dossier Inga, « la CORAP, ce n’est pas seulement Inga ».
L’occasion était idéale pour revenir sur l’identité même de la coalition. Créée en 2013, forte aujourd’hui de 55 organisations membres réparties dans tout le pays, la CORAP s’est imposée comme une plateforme de référence sur les réformes publiques. Elle structure son travail autour de trois grands axes : l’accès à l’énergie, qui reste son pilier historique ; l’eau et les forêts, avec une attention particulière sur la déforestation et ses liens avec l’énergie domestique ; et enfin la transition écologique, qui englobe les hydrocarbures, l’agroécologie et le suivi des politiques environnementales.
Même sans bureaux en province, la coalition s’appuie sur ses membres locaux pour mener enquêtes, ateliers communautaires et plaidoyers. Comme l’a rappelé le secrétaire exécutif, Emmanuel Musuyu, « l’un des premiers combats de la coalition fut le suivi citoyen du projet Grand Inga, alors que les communautés locales étaient totalement exclues du processus ».

La soirée a ensuite basculé vers un moment clé : la présentation du Baromètre d’Accès à l’Électricité en RDC, un nouvel outil voulu comme un thermomètre régulier de la réalité énergétique vécue par les ménages. À travers des enquêtes locales, des entretiens et des observations de terrain, ce baromètre documente la vie quotidienne des habitants face aux délestages, aux chutes de tension et au manque d’infrastructures. Les vidéos projetées ont mis en lumière la frustration des ménages et la nécessité de données fiables pour nourrir les réformes.
C’est dans cette logique que le responsable de l’axe énergie, Justin Mobomi, a insisté sur l’importance du travail de terrain. « Sans énergie, il n’y a pas de développement », a-t-il rappelé, en évoquant des missions menées à Kisangani et Kamina, qui montrent toutes la même réalité : un besoin immense, contrastant fortement avec le budget national encore trop faible pour répondre à l’ampleur des défis.
Au-delà des constats, la CORAP a également adressé un appel direct à la presse, considérée comme un partenaire essentiel pour documenter les réformes, relayer les attentes des communautés et éviter les confusions fréquentes dans le traitement des dossiers énergétiques. Les journalistes présents ont partagé leurs attentes, leurs difficultés d’accès à l’information publique et leurs propositions pour établir un cadre de collaboration plus structuré.

La soirée s’est achevée sur une prise de parole très attendue du secrétaire exécutif, Emmanuel Musuyu, qui a livré son appréciation après la présentation du premier rapport du baromètre. Il a rappelé que plus de 70 % des habitants de Kinshasa se déclarent insatisfaits de la qualité de la desserte, citant les coupures intempestives, les pertes économiques pour les petits commerçants et l’impossibilité de conserver les denrées alimentaires. Musuyu a également contesté les chiffres officiels annonçant un bond à 21 % d’accès à l’électricité au niveau national, estimant que cette progression « ne reflète pas la réalité du terrain, faute d’ajout significatif de mégawatts dans le réseau ».
Il a plaidé pour des statistiques indépendantes et vérifiables, tout en appelant le gouvernement à augmenter le budget alloué au secteur de l’électricité, afin de construire de nouvelles centrales, améliorer la production et renforcer la qualité de la desserte. Avant de clore l’échange, il a résumé l’état d’esprit général :
« La population n’est pas satisfaite. Elle se plaint, elle perd, et parfois elle se met en colère. L’électricité, aujourd’hui, est un frein au développement. »
Une conclusion qui sonne comme un appel à l’action, alors que la CORAP et les médias s’engagent désormais à suivre de près les réformes dans un secteur devenu vital pour l’avenir du pays.
Par kilalopress