A Lokolama, dans le secteur de Elanga, territoire de Bikoro dans la Province de l’Équateur, une enquête policière tourne à la tragédie pour les populations autochtones, avec des cas de torture collective, pillage et arrestations et détention arbitraire.
Dans l’ombre de la nuit, le calvaire a frappé sans prévenir. Le 3 mai 2024 restera gravé dans les mémoires de Lokolama, un village paisible désormais éclaboussé par l’horreur., L’une des victimes, se souvient du début du cauchemar. » Des policiers, armés jusqu’aux dents, ont cerné le village,
anéantissant tout sur leur passage. Tels des prédateurs méthodiques, ils ont détruit, pillé les maisons et le peux bien possédés par les habitants et capturé une trentaine d’hommes, laissant derrière eux un désastre indescriptible. Des coups de feu retentissaient dans tous les sens et une dizaine de personnes ont fui dans la foret pour se sauver et ne sont jamais revenus par peur d’autres expéditions punitives.
Au matin, le silence pesait lourd. Les résidus du pillage jonchaient le sol, témoins muets de la terreur qui avait régné. Parmi les ruines, plus de 30 âmes arrêtées de façon arbitraire, parmi lesquelles des enfants et des femmes innocents.

Les cris déchirants des enfants abandonnés résonnaient encore dans les cœurs brisés des survivants. Leur bras ligoté avec des moustiquaires portent encore les stigmates d’une brutalité qui a frappé sans pitié.
La nuit précédente, une tragédie avait déjà frappé Lokolama. Une jeune fille, retrouvée assassinée par machette, avait semé la terreur dans le village. Au lieu de faire la lumière sur ce crime odieux, les autorités se sont tournées vers les habitants, les accusant sans preuve. Dans un déchaînement de violence planifiée, la police a infligé une punition collective, exécutée, selon les témoignages recueillis, sous l’ordre de l’Inspecteur judiciaire Israël Misambo du Parquet général de Mbandaka, transformant les habitants en cibles de leur fureur aveugle.
Le chef du village, a décrit la descente aux enfers orchestrée avec une cruauté délibérée : « Ils m’ont braqué la torche juste après ma sortie de ma maison, ensemble avec ma femme ainsi que mon enfant encore mineur que vous voyez là. Ils nous ont tous amenés, laissant les petits enfants seuls dans la maison, sans assistance. Avec leurs inspecteurs très rigoureux. A mon âge, ils m’ont ligoté et exigé de marcher à pas de torture, sans tenir compte de mon rang social ni de mon âge, et ils m’ont soumis à la torture ensemble avec mes enfants. Des tortures corporelles aiguës, et pour moi, je me suis dit que c’était un règlement de compte, car je me suis posé des questions : est-ce qu’ils ont trouvé un suspect chez nous au village ? En faisant l’enquête, pourquoi sont-ils venus nous infliger ces peines comme ça ? Est-ce que l’enquête est devenue synonyme de maltraiter, torturer, ridiculiser un peuple ? Je ne crois pas si leur manière faire pouvait les orienter vers le coupable ? Ça, je dis que nous étions devant un groupe armé et non une force de sécurité régulière.
Nous étions vraiment entre les mains des adversaires. »Les témoignages des victimes sont accablants.


André a une trentaine d’années, avec une voix étouffée de suite aux actes de torture subit, implore une intervention extérieure alors qu’il lutte pour récupérer de ses blessures « Moi je ne sais plus parler après une semaine que je viens de passer au parquet de Mbandaka à cause de ce problème. Ça fait une semaine qu’ils m’ont gardé en détention de manière très pénible au point que ma gorge est devenue bouchée par la souffrance infligée au cachot du parquet. Pour me libérer, ils m’ont exigé de payer une amende de 500 000 FC, et avec l’intervention de mes frères, j’ai payé 100 000 FC pour être libérés, mais il me faudra encore aller verser le 100 000 FC ce mardi 21 Mai 2024 suivant la décharge que l’inspecteur Israël m’ont fait signer. Mais là-bas, j’ai failli même mourir. C’est pourquoi je demande votre intervention, car la somme restante, je ne sais pas la réunir avec mon état. »
Un directeur d’école dénonce aussi avec amertume l’injustice criante qui persiste et la discrimination envers les peuples autochtones pygmées par les autorités publiques en violation la loi Numero 22/030 du 15 juillet 2022 portant protection et promotion des droits des peuples autochtones pygmées promulguée par le président de la République Démocratique du Congo.
À Bikoro, le village de Lokolama n’est plus que l’ombre de lui-même, symbole d’une brutalité policière qui ne saurait être tolérée. L’heure est venue d’agir, de rétablir la justice et de panser les plaies béantes de cette tragédie. La RDC ne peut rester aveugle face à cette violation flagrante des droits des autochtones pygmées. Il est temps que la justice soit rendue et que les coupables
répondent de leurs actes devant la loi.
Par Franck zongwe lukama