Treize ans après avoir déserté le zoo de la Réserve de Faune à Okapis (RFO), dans le territoire de Mambasa, l’okapi – animal emblématique et endémique de la République démocratique du Congo – y a fait un retour très attendu en février 2025. Ce come-back historique, marqué par la réintroduction d’une jeune femelle baptisée « Tundana », intervient dans un contexte toujours miné par l’insécurité, le braconnage et l’exploitation illégale des ressources naturelles dans cette zone classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
La dernière présence d’okapis en captivité dans le zoo d’Epulu remonte à 2012, année noire où une attaque armée avait décimé quatorze spécimens. Depuis, l’espace était vide, chargé du poids d’un échec douloureux pour la conservation de l’espèce. Le projet de réintroduction, relancé par l’organisation Wildlife Conservation Global en partenariat avec l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), a permis la capture, le 17 février 2025, d’une femelle à 11 kilomètres du siège de la réserve. Transférée le lendemain au zoo, elle a été nommée « Tundana », ce qui signifie « tous ensemble unis » en Kibila, un nom à la hauteur du message que cette opération veut porter.
Tundana est aujourd’hui le seul okapi en captivité dans la réserve. Malgré l’interruption prématurée de la campagne de capture en raison de menaces sécuritaires, l’animal s’adapte bien à son nouvel environnement. Il bénéficie d’une prise en charge rigoureuse assurée par une équipe de conservation renforcée par les communautés pygmées locales, qui jouent un rôle actif dans son alimentation et sa surveillance. Sa réceptivité au contact humain est déjà perçue comme un indicateur positif pour la poursuite du programme.
Mais les obstacles sont loin d’être levés. L’okapi, surnommé « la girafe des forêts », dépend d’un habitat forestier dense et intact, aujourd’hui gravement menacé. Selon Berce N’Safuansa, directeur de la conservation chez Wildlife Conservation Global, les activités de braconnage pour la peau, la viande et les os, ainsi que l’exploitation illégale des minerais – notamment l’or, le coltan et le cassitérite – continuent de fragmenter son habitat. À cela s’ajoute la présence persistante de groupes armés qui compromettent non seulement la faune, mais aussi la sécurité des écogardes et des populations riveraines.
La réintroduction de l’okapi à Epulu suscite également des attentes du côté du développement local. John Toly, coordonnateur du Forum des Engagés pour le Développement Durable à Bunia, y voit un potentiel levier économique : « Parler d’okapi, c’est pouvoir le voir et le toucher. Ce retour attirera un tourisme éco-responsable et permettra à la province de l’Ituri de disposer de davantage de ressources pour son développement. L’État doit maintenant rétablir son autorité dans la zone, pour que cette aire protégée ne soit plus sous le contrôle des groupes armés. » Le tourisme dans la RFO, géré conjointement par l’ICCN et la Wildlife Conservation Society (WCS), avait chuté drastiquement à la suite des conflits armés. Avec le retour de l’okapi, l’espoir renaît de relancer des circuits de visite axés sur l’éducation à l’environnement, la recherche scientifique et la sensibilisation communautaire. L’objectif des gestionnaires est ambitieux : former un groupe de quatre okapis (deux mâles et deux femelles) pour assurer un programme de reproduction en captivité. Cette opération, prévue pour la saison sèche, reste suspendue à l’évolution du contexte sécuritaire.
Au-delà des aspects techniques, la symbolique est forte. L’okapi est plus qu’un animal : il est un symbole national, présent sur les billets de banque, les logos d’institutions publiques, et profondément ancré dans l’identité culturelle congolaise. Pour Berce N’Safuansa, la sauvegarde de cette espèce est intimement liée à celle des communautés locales : « En protégeant l’okapi, nous protégeons aussi le mode de vie des peuples autochtones. L’okapi et les communautés locales partagent les mêmes besoins : la forêt et la paix. » Ce retour historique remet ainsi l’okapi au cœur des débats sur la conservation, le développement durable et la sécurité dans l’est du pays. Il rappelle aussi que, malgré les crises, la RDC peut encore faire rayonner ses trésors naturels – à condition de les défendre avec détermination.
Par kilalopress