RDC : Kinshasa accueille un atelier clé pour renforcer la science au service de la CITES et de la biodiversité

Kinshasa a accueilli un atelier de haut niveau consacré au rôle de l’autorité scientifique dans la mise en œuvre de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Organisée par l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), en collaboration avec la Pan African Sanctuary Alliance (PASA), cette rencontre a réuni experts, scientifiques et décideurs autour d’un objectif commun : renforcer la régulation du commerce des espèces sauvages en République démocratique du Congo.

Dès l’ouverture des travaux au CEPAS, le ton était donné. Dans une atmosphère à la fois studieuse et engagée, les échanges ont rapidement convergé vers une priorité partagée : replacer la science au cœur des décisions liées à la conservation. Au centre des discussions, un outil clé de la CITES s’est imposé : les avis de commerce non préjudiciable. Ces évaluations permettent de déterminer si l’exploitation d’une espèce reste compatible avec sa survie à long terme. Fondés sur des données scientifiques rigoureuses, ils servent de base à la fixation des quotas pour les espèces inscrites aux annexes II et III. À ces mécanismes s’ajoutent un ensemble de résolutions, décisions et recommandations dont la maîtrise apparaît indispensable pour assurer une régulation efficace et crédible.

Mais au fil des interventions, une réalité plus préoccupante s’est dessinée. Si l’autorité scientifique occupe une place centrale dans ce dispositif, elle demeure fragilisée par un déficit criant de données. Dans de nombreuses zones de distribution naturelle, les études approfondies sur les espèces font défaut. Cette carence complique l’émission d’avis fiables, limite la capacité à établir des quotas adaptés et fragilise, en définitive, la protection de la biodiversité face aux pressions du commerce international.

Dans ce contexte, les participants ont unanimement plaidé pour un renforcement des synergies entre les autorités scientifiques, les experts du ministère de l’Environnement, les cadres de l’ICCN et les partenaires de la conservation. Car sans une coopération étroite et structurée, la production de connaissances scientifiques reste insuffisante pour répondre aux enjeux actuels.

L’atelier a également mis en lumière une autre réalité, tout aussi préoccupante : le rôle de la RDC comme zone de transit dans le commerce illégal d’espèces sauvages. S’appuyant sur des rapports de référence, notamment ceux de l’International Consortium on Combating Wildlife Crime (ICCWC), de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) et de l’organe de gestion CITES-RDC, le directeur-coordonnateur de la CITES-RDC, Jean Joseph Mapilanga, a évoqué plusieurs cas récents qui illustrent l’ampleur du phénomène.

Parmi eux, l’interception de 38 singes à Lomé, au Togo, alors qu’ils étaient en partance pour la Thaïlande, ainsi que celle de 309 perroquets gris à Istanbul, en Turquie, à destination de l’Irak. Le rapatriement de ces animaux vers la RDC témoigne à la fois de l’intensité des réseaux de trafic et des efforts de coopération internationale déployés pour y faire face.

Au terme des deux jours de travaux, les attentes restent élevées. Pour le Dr Kakule Kizito, responsable pays de PASA, cette rencontre devrait permettre de mieux cerner le rôle et les responsabilités des autorités scientifiques face aux défis identifiés. De son côté, le directeur général de l’ICCN, Yves Millan Ngangay, a lancé un appel sans équivoque aux experts : produire des outils concrets, capables de garantir la durabilité des actions de conservation. Il a rappelé avec fermeté qu’aucune entorse aux normes ne saurait être tolérée dans le commerce des espèces sauvages, quelles que soient les pressions économiques. Au-delà des échanges techniques, cet atelier apparaît comme un moment charnière pour la gouvernance environnementale en RDC. Il rappelle une évidence souvent négligée : sans une base scientifique solide, les politiques de conservation restent vulnérables. En investissant davantage dans la recherche, en consolidant les collaborations et en veillant au respect strict des normes internationales, la RDC peut non seulement préserver sa biodiversité exceptionnelle, mais aussi s’affirmer comme un acteur crédible et engagé dans la lutte contre le commerce illégal des espèces sauvages.

Par kilalopress

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