RDC : JUREC lance la première Rentrée environnementale dédiée à l’avenir du secteur forestier à Kinshasa

Réunis à Kinshasa, des représentants de l’État, des juristes et des acteurs de la société civile ont souligné l’urgence d’adopter une politique forestière nationale révisée face aux faiblesses persistantes de gouvernance du secteur. Cette recommandation centrale est issue d’une rentrée environnementale consacrée à l’avenir du secteur forestier en République démocratique du Congo.

Le constat de départ, largement partagé dans la salle, reste préoccupant. Malgré un moratoire sur l’octroi de nouvelles concessions forestières en vigueur depuis plus de vingt ans, les forêts congolaises demeurent sous pression. Selon des sources locales et plusieurs analyses évoquées lors des échanges, les irrégularités systémiques, la faiblesse du contrôle sur le terrain et les difficultés d’application de la loi continuent d’éroder les efforts de gouvernance forestière. Dans un pays qui abrite l’un des plus vastes massifs tropicaux du monde, ces failles ne relèvent pas seulement d’un problème administratif : elles engagent l’avenir écologique, économique et social de territoires entiers.

C’est dans ce contexte que le représentant du ministère de l’Environnement a appelé les parties prenantes à se projeter au-delà des blocages actuels. « Nous souhaitons que les parties prenantes réfléchissent à la manière dont le secteur forestier doit évoluer en 2026. Des questions urgentes, telles que la révision du code forestier et la lutte contre les crimes environnementaux, doivent être abordées afin de garantir que ce secteur joue un rôle clé dans l’économie nationale, au bénéfice des communautés locales et des peuples autochtones », a-t-il déclaré. Derrière cette prise de parole, certains observateurs voient la reconnaissance implicite d’un décalage persistant entre les ambitions affichées et la réalité de la gestion forestière sur le terrain. Au fil des discussions, un point de convergence s’est dessiné : la nécessité de recentrer les recommandations issues de cette rencontre vers l’appareil gouvernemental. Les ministères de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle économie ont été identifiés comme les principaux destinataires de ce travail collectif. L’objectif, d’après nos recoupements, est de consolider l’ensemble des propositions afin d’enrichir le document de politique forestière nationale et de fluidifier un processus de réforme du code forestier souvent jugé laborieux et fragmenté.

La question du calendrier, elle, demeure sensible. Aucune échéance formelle n’a encore été arrêtée, mais l’urgence a été clairement soulignée. « Bien que les délais ne soient pas encore fixés, il existe un accord sur l’urgence d’adopter ces documents. Lors de la réunion de pré-validation, les parties prenantes devront s’accorder avec les ministères sur une date à laquelle le ministre pourra présenter les documents au Conseil des ministres », a précisé Maître Félix Lilakako. Cette étape est perçue comme décisive par plusieurs acteurs du secteur, qui y voient un test de la volonté politique à transformer des années de concertations en décisions effectives.

Au-delà de l’État, la conférence a également mis en lumière le rôle stratégique des partenaires techniques et financiers. Il a été convenu de leur adresser des recommandations spécifiques, leur appui étant jugé indispensable pour mobiliser les ressources supplémentaires nécessaires à la finalisation de la politique forestière, à la réforme du code et à d’autres processus connexes d’ici la fin de l’année. Selon certains participants, cette dépendance au financement extérieur pose toutefois la question de la durabilité des réformes et de l’appropriation nationale des politiques publiques.

Les organisations de la société civile et les autres parties prenantes, quant à elles, sont appelées à rester pleinement impliquées. Leur participation est présentée comme un garde-fou face aux risques de décisions déconnectées des réalités locales. Dans les zones forestières, rappellent des acteurs associatifs, les communautés locales et les peuples autochtones continuent de subir directement les effets des dysfonctionnements du secteur : conflits d’usage, perte de moyens de subsistance, dégradation des écosystèmes dont dépend leur survie.

Cette « rentrée environnementale », première initiative de l’ONG Juristes pour l’Environnement au Congo (JUREC), en collaboration avec le ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat (MEDD-NEC) , se voulait avant tout un espace de réflexion stratégique. En choisissant de placer « l’avenir du secteur forestier » au cœur des débats, les organisateurs ont touché à un nœud central des enjeux congolais contemporains, à la croisée de la lutte contre les crimes environnementaux, des attentes économiques et des nouvelles thématiques émergentes liées au climat et à la transition écologique. Si les recommandations formulées trouvent un écho réel au sein des institutions, elles pourraient contribuer à redéfinir la place du secteur forestier dans le modèle de développement du pays. À l’inverse, préviennent certains observateurs, un énième report ou une adoption précipitée sans mécanismes solides d’application risquerait d’accentuer la défiance entre l’État, les communautés et les acteurs du secteur.

À Kinshasa, le débat est donc lancé. Reste à savoir si cette dynamique saura se traduire en actes concrets, capables de protéger durablement les forêts congolaises tout en répondant aux aspirations économiques et sociales d’un pays qui joue, à travers son patrimoine forestier, une part essentielle de l’équilibre environnemental mondial.

Par kilalopress

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *