À Kalehe, territoire rural du Sud-Kivu soumis à des pressions environnementales anciennes et multiformes, une initiative singulière a réuni, le 16 janvier 2026, une vingtaine de responsables religieux autour d’un même constat : la dégradation des écosystèmes locaux ne peut plus être dissociée des dynamiques sociales et morales qui structurent les communautés.
Dans la salle de réunion du poste de la CBCA Kalungu, à Kalungu, CongoAgri Platform, en collaboration avec l’Église du Christ au Congo (ECC/Kalehe), a organisé un séminaire consacré à la « protection de l’environnement », en s’adressant directement à ceux que beaucoup considèrent encore comme des relais d’influence déterminants dans les villages.
Le thème retenu — Le rôle prophétique et pastoral de l’église dans la protection de l’environnement — a servi de point d’entrée à des échanges sur les causes et les conséquences des atteintes à la nature, telles qu’elles se manifestent concrètement dans la vie quotidienne des populations. Selon des participants, les discussions ont permis de relier la perte de couvert végétal, la pression sur les ressources naturelles et la vulnérabilité économique des ménages à des choix collectifs souvent banalisés, mais aux effets cumulatifs lourds.
Pour les organisateurs, l’enjeu consistait à replacer ces réalités dans un cadre de responsabilité morale assumée. « L’objectif de ce séminaire était de rappeler aux pasteurs comme bergers et leaders communautaires leur rôle dans la protection de l’environnement à la lumière des Saintes écritures, essentiellement sur le respect de la nature et des animaux (Proverbes 12 :10 et Deutéronome 22 :6-7) », a expliqué Mupenzi Kamondo, responsable de cette structure de promotion et de protection de l’environnement. L’argumentaire s’appuie ainsi sur une lecture biblique visant à légitimer l’engagement écologique comme prolongement de la mission pastorale.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la campagne « Champion Environnement », portée par CongoAgri Platform, une organisation de droit congolais active dans la promotion de l’agriculture durable, la protection de l’environnement et le développement communautaire en République démocratique du Congo. D’après les informations communiquées, l’initiative repose sur trois piliers : l’éducation des jeunes, l’ancrage de la foi à travers des séminaires destinés aux pasteurs, prêtres et imams, et l’action communautaire via des débats citoyens organisés dans les villages et les villes autour des enjeux environnementaux.
À l’issue du séminaire de Kalungu, les vingt pasteurs présents ont signé un engagement collectif. Celui-ci prévoit des actions de sensibilisation des fidèles par des enseignements bibliques, des prières et des activités éducatives, mais aussi l’adoption de pratiques visant à réduire l’empreinte écologique des lieux de culte : économie d’énergie, gestion des déchets, utilisation raisonnée de l’eau et recyclage. Les signataires se sont également engagés à encourager des comportements responsables dans la gestion des ressources naturelles et à collaborer avec d’autres églises et organisations pour partager les bonnes pratiques et participer à des initiatives communautaires. « Prendre soin de la création est un acte de foi, de gratitude et d’amour envers Dieu et notre prochain », a confié l’un des participants, résumant l’esprit de la rencontre.
Le geste symbolique posé en clôture — la plantation de plus de 100 arbres dans la concession de la CBCA Kalungu — marque la volonté affichée de traduire ces engagements en actes visibles. Toutefois, à en croire certaines analyses locales, la portée réelle de ce type d’initiative dépendra de sa capacité à s’inscrire dans la durée et à dépasser le cadre événementiel. Dans un territoire comme Kalehe, où la pression foncière, la pauvreté et l’accès limité aux alternatives énergétiques favorisent la coupe de bois et l’exploitation non durable des ressources, la sensibilisation morale ne suffit pas toujours à infléchir les pratiques.
Des observateurs estiment néanmoins que l’implication directe des leaders religieux peut constituer un levier non négligeable, à condition qu’elle s’accompagne d’un suivi concret, d’actions communautaires adaptées aux réalités économiques locales et d’une articulation avec les politiques publiques existantes. Entre promesse d’une mobilisation éthique et contraintes structurelles persistantes, l’initiative de Kalungu illustre ainsi les tensions qui traversent aujourd’hui les approches de protection de l’environnement dans l’est de la RDC : l’ambition de transformer les consciences se heurte à la nécessité de solutions matérielles durables, ancrées dans le quotidien des populations.
Par kilalopress