Lisala : les communautés forestières mises à l’épreuve de la future politique forestière nationale

À Lisala, chef-lieu de la Mongala, les discussions sur l’avenir des forêts congolaises ont quitté, pour un temps, les cénacles techniques de Kinshasa pour s’ancrer dans un territoire où la forêt structure à la fois les économies locales, les pratiques sociales et les rapports de pouvoir.

Ce mardi 20 janvier 2026, la Coordination provinciale du Groupe de Travail Climat REDD+ Rénové (GTCRR) de la Mongala y a ouvert un atelier d’information, de consultation et de collecte des priorités des communautés locales et des peuples autochtones pygmées, avec l’appui financier de l’European Forest Institute (EFI). Derrière l’intitulé formel de la rencontre, l’enjeu est lourd : alimenter le futur Document de Politique Forestière Nationale à partir des critiques, attentes et recommandations exprimées à la base. Une ambition affichée comme participative, censée rompre avec des politiques souvent élaborées loin des réalités forestières, puis appliquées sans véritable appropriation locale. Selon des acteurs présents, il s’agit avant tout de faire remonter des priorités concrètes, liées à l’accès aux ressources, à la sécurisation des moyens de subsistance et à la reconnaissance des droits coutumiers, dans un contexte où la pression sur les écosystèmes s’intensifie.

Les travaux ont été lancés à 9h30 par les allocutions du coordonnateur provincial du GTCRR et du coordonnateur provincial de l’Environnement, avant que les participants ne soient répartis en quatre groupes de travail thématiques. La facilitation a été assurée par Raphaël Mboyo, délégué du Réseau des Populations Autochtones et Locales pour la Gestion Durable des Écosystèmes Forestiers (REPALEF) et expert national du GTCRR, une double casquette qui illustre la volonté affichée de faire dialoguer expertise technique et savoirs issus du terrain.

Les échanges ont rapidement mis en lumière un décalage persistant entre les promesses portées par les cadres nationaux de gestion forestière et les réalités vécues dans la Mongala. Les communautés locales et les peuples autochtones pygmées, régulièrement sollicités lors des consultations, rappellent que leur participation reste souvent cantonnée à des ateliers ponctuels, sans garantie que leurs recommandations se traduiront en décisions contraignantes. À en croire certaines analyses participants, la crédibilité de la future politique forestière se jouera moins dans la qualité du document final que dans la capacité de l’État et de ses partenaires à corriger ces asymétries, notamment en matière d’accès à la terre, de partage des bénéfices et de gouvernance des projets REDD+.

L’atelier compte se poursuivre ce mercredi avec la restitution des travaux de groupe et la validation des priorités identifiées. Une étape présentée comme décisive, mais observée avec prudence par plusieurs participants, qui estiment que la reconnaissance formelle des priorités locales ne suffira pas à elle seule à inverser des dynamiques anciennes de marginalisation. Dans une province où la forêt demeure à la fois ressource vitale et espace de vulnérabilités, la consultation de Lisala apparaît ainsi comme un test grandeur nature : celui de la capacité des politiques forestières nationales à se nourrir réellement des territoires qu’elles prétendent protéger et à répondre, au-delà des discours, aux attentes de ceux qui vivent au quotidien de la forêt et avec elle.

Par kilalopress

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