Le secteur des infrastructures en République Démocratique du Congo (RDC) est plus que jamais au centre des préoccupations. Dans un contexte où les besoins en infrastructures sont immenses et urgents, des rapports comme celui du Centre de recherches en finances publiques et développement local (CREFDL) sur les irrégularités financières, révèlent un fossé abyssal entre les intentions politiques et la réalité sur le terrain. Mais derrière ces critiques acerbes, une question demeure : où se situe réellement la responsabilité ? Et pourquoi l’Office des Voiries et Drainage (OVD) est-il devenu la cible privilégiée de ces accusations ? Cet article met en lumière la complexité du dossier, en cherchant à comprendre les tenants et aboutissants d’un problème qui ne saurait être réduit à une simple guerre de chiffres.
Le 8 novembre 2024, le CREFDL publiait un rapport accablant, dénonçant des irrégularités dans le financement de projets d’infrastructures routières à Kinshasa. Parmi les points saillants, l’allégation selon laquelle le gouvernement aurait financé deux routes inexistantes dans la commune de Matete pour un montant total de 3 millions de dollars, ainsi qu’une série de dysfonctionnements dans l’exécution des projets « Kinshasa Zéro trou » et « Tshilejelu », dont la gestion de plus de 170 millions de dollars aurait fait l’objet de graves irrégularités. Les chiffres sont effrayants. Toutefois, le CREFDL a-t-il vraiment pris en compte l’ensemble des éléments factuels avant de rendre son verdict ? Le rapport cite des chiffres astronomiques, mais omet de fournir des détails précis sur la répartition des fonds et sur la nature exacte des malversations présumées. Ainsi, l’absence de preuves concrètes concernant les détournements de fonds soulève une interrogation légitime : ces accusations sont-elles fondées ? Ou relèvent-elles simplement d’un amalgame opportuniste ?
L’Office des Voiries et Drainage (OVD) a été prompt à réagir, en qualifiant le rapport du CREFDL de « contrevérités ». Victor Tumba Tshikela, directeur général de l’OVD, a vigoureusement contesté les accusations, en soulignant que les routes en question, Tshilombo et Lunionzo, figuraient bien dans les contrats du Consortium ABC, l’entreprise en charge des travaux. Mais plus qu’une simple défense, c’est toute la gestion du secteur des infrastructures qui est mise en cause En effet, le rôle de l’OVD doit être compris dans son juste contexte : l’Office n’est pas l’initiateur des projets, mais plutôt l’exécutant des contrats attribués par les autorités publiques. Les dysfonctionnements observés ne relèvent donc pas directement de sa responsabilité, mais de celle des instances qui supervisent, financent et attribuent les marchés publics. Si des irrégularités existent, il est primordial d’enquêter sur la chaîne de gestion, et non de faire porter l’entière responsabilité à un organisme qui, dans le cas de l’OVD, n’est que l’acteur exécutant dans une mécanique plus complexe.
La critique systématique de l’OVD semble ignorer la réalité des contraintes avec lesquelles l’Office doit composer. La gestion des infrastructures en RDC est un véritable défi, tant en raison du manque de financement adéquat que de la dégradation accélérée des routes, principalement due à un trafic de plus en plus dense et à l’absence de maintenance régulière. Le contexte dans lequel ces projets sont menés ne justifie pas les accusations à la volée, mais invite à un dialogue constructif.

L’OVD a souligné que tous ses projets sont soumis à un contrôle rigoureux en deux phases : d’abord un contrôle sur le terrain, puis une certification par le Laboratoire National de Bâtiment et des Travaux Publics (LNBTP), organisme indépendant. Ces procédures garantissent la conformité des travaux réalisés. Toutefois, la question reste entière : pourquoi un manque de coordination entre les acteurs du secteur crée-t-il une telle confusion ? Le rôle de régulation du ministère des Infrastructures et des Travaux Publics, tout comme celui des entités de contrôle, mérite d’être renforcé pour éviter ce genre de cacophonie.
Cette situation rappelle une vérité incontournable : la transparence dans la gestion des fonds publics est un impératif, non une option. Le secteur des travaux publics est trop souvent victime de l’opacité qui entoure les financements et de la gestion chaotique des projets. Que l’OVD soit un simple exécutant des décisions prises par des entités supérieures ne doit pas exonérer ces dernières de leurs responsabilités dans la gestion des projets et des financements . Les observateurs pensent qu’il est grand temps de créer un cadre de dialogue clair entre les acteurs institutionnels et les différents organes de contrôle. La polémique actuelle est l’occasion de poser les bases d’un système plus transparent, plus rigoureux, et surtout plus respectueux de l’argent public. Au-delà des chiffres et des accusations, c’est la responsabilité collective qui doit être mise en lumière. Si la RDC veut réellement sortir de l’impasse en matière d’infrastructures, elle devra d’abord assainir son cadre de gestion des fonds publics, garantir la rigueur des procédures, et surtout instaurer une confiance mutuelle entre les autorités, les prestataires et la population. Parce qu’en fin de compte, ce ne sont pas les routes qui manquent, mais la véritable volonté de construire un avenir durable, transparent et équitable pour tous les Congolais.
Par Franck zongwe lukama