Au cœur de la province du Kasaï, dans la ville de Tshikapa, un cruel paradoxe s’étend à l’horizon. Tandis que le gouvernement congolais se targue de millions de dollars investis dans des programmes de développement, des milliers de Kasaïens, notamment dans les communes de Mbumba et Mabondo, sont laissés à la merci de puits non aménagés et d’une eau insalubre. La promesse d’accès à l’eau potable, pourtant inscrite parmi les priorités présidentielles, semble se perdre dans un abîme d’indifférence bureaucratique.
En 2021, le président Félix Tshisekedi avait annoncé un plan ambitieux pour l’accès à l’eau potable, avec un budget de 400 millions de dollars, dont 101 millions destinés à la province du Kasaï. Un projet qui se voulait porteur de progrès et de dignité pour des populations délaissées. Cependant, après quatre ans d’attente et de faux espoirs, la réalité est bien plus sombre.
Dans les quartiers isolés de Tshikapa, le bruit des robinets secs est assourdissant. Les habitants de Kele, au sommet de la colline, continuent de boire l’eau des puits non sécurisés. Une eau qui tue lentement, à travers des maladies qui frappent particulièrement les enfants. « Nous totalisons quatre ans sans eau potable, raconte un résident, désespéré. Nos enfants tombent souvent malades, mais personne ne semble s’en soucier. » Comment comprendre qu’un programme censé améliorer les conditions de vie soit si déconnecté des réalités du terrain ?
La situation à Tshikapa semble être une illustration tragique de l’écart grandissant entre les discours présidentiels et la réalité quotidienne des Congolais. En décembre 2021, lors d’un discours retentissant au Congrès, Félix Tshisekedi prônait un « développement à la base », affirmant que les priorités seraient désormais centrées sur les besoins fondamentaux des populations locales. Pourtant, le peuple du Kasaï reste dans l’attente d’une eau potable qui ne coule toujours pas. Le contraste est choquant : des millions de dollars promis, mais des milliers de vies mises en danger chaque jour, faute de mesures concrètes.

La REGIDESO, l’entreprise publique responsable de l’approvisionnement en eau, continue de promettre une solution « pour bientôt ». Mais cette promesse, qui a émergé en mai 2021, n’a toujours pas été concrétisée. Un « bientôt » qui, pour les Kasaïens, semble s’étirer indéfiniment, comme un mirage irréalisable au loin. Alors que le gouvernement multiplie les annonces de projets routiers et d’infrastructures, le droit fondamental à l’eau potable semble être devenu un luxe inaccessible pour les Kasaïens. Pendant que des ponts flambant neufs voient le jour, les habitants de Tshikapa se demandent si leur droit à l’eau est vraiment pris en compte, ou s’il est relégué au rang de privilège réservé aux provinces plus « privilégiées ».
Il est plus que temps que le président Tshisekedi et son gouvernement passent de la parole aux actes. Les habitants de Mbumba et Mabondo n’ont que trop attendu. Les promesses d’un accès à l’eau potable ne peuvent plus être repoussées, car chaque jour de retard coûte des vies. Combien d’enfants devront encore mourir des maladies hydriques pour que le gouvernement daigne agir ?

Les millions de dollars promis doivent se traduire en actions concrètes. Les Kasaïens ont soif, non seulement d’eau, mais surtout de justice. Devoir lutter pour un droit aussi fondamental dans une époque où le développement devrait être synonyme de progrès humain est une aberration qui n’a que trop duré.
À Tshikapa, l’eau est devenue le symbole tragique de l’inefficacité d’une gouvernance déconnectée des réalités. Chaque jour sans eau potable est une violation des droits humains les plus élémentaires, une défaite de la démocratie et de l’État de droit. Le président Tshisekedi doit maintenant répondre à cette urgence : il est temps que l’eau coule enfin à Kele, comme un fleuve de justice pour tous les Congolais.
Par Kilalopress