RDC : Fin d’une détention arbitraire – sadiki et kisuba relâchés, mais sans leurs papiers, ni leur liberté totale

Kilalopress – Après 58 jours d’incarcération arbitraire dans les geôles sombres de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR) à Isiro, Espoir SADIKI SHEMUKOBYA et Da Silva KISUBA MUHIMA ont enfin été relâchés, dans la nuit du 28 au 29 août. Une libération silencieuse, sans communiqué officiel, comme si l’on voulait les faire sortir sans faire de bruit. Mais leur calvaire est loin d’être terminé.

Leurs passeports, cartes d’identité et autres documents personnels restent confisqués par l’ANR, sur ordre direct du gouverneur du Haut-Uélé. Une forme de semi-liberté, ou plutôt de mise en liberté conditionnelle déguisée. Une stratégie claire : relâcher les corps, mais maintenir les voix sous contrôle. Empêcher toute mobilité, tout témoignage, toute action.

Et le prix de cette détention se fait déjà sentir. Espoir SADIKI est affaibli physiquement. Après près de deux mois passés sans soins, dans des conditions de détention inhumaines – cellules insalubres, absence de lumière, de nourriture adéquate et d’accès à des soins médicaux – son état de santé s’est sérieusement détérioré. D’après son entourage, il souffre de douleurs persistantes, d’épuisement chronique et de signes préoccupants de troubles respiratoires. Il doit désormais subir des examens médicaux urgents dans les tout prochains jours afin d’évaluer les séquelles de sa détention prolongée. Une conséquence directe de l’acharnement injustifié dont il a été victime.

La nouvelle de sa libération a immédiatement fait réagir plusieurs organisations de défense, en commençant par sa structure, l’ANVC. De la part de l’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH), la toute première Organisation de la Société Civile du Nord-Kivu, un message fort a été relayé. Sur une photo publiée quelques heures après sa sortie, on peut voir SADIKI aux côtés de l’avocat Vert de l’ACEDH, qui confirme sa libération, mais aussi le fait que ses pièces officielles demeurent toujours entre les mains de l’ANR. « Sa liberté est incomplète. Sa santé est préoccupante. Et l’injustice qu’il a subie appelle des comptes », a déclaré l’ACEDH dans un message adressé aux autorités. L’organisation exige des explications claires de la part de la République et appelle à des réparations immédiates. Car, selon elle, le cas SADIKI incarne l’impunité et la dérive autoritaire dans les zones sous influence minière.

Ce qui aurait dû être une affaire administrative est devenu une démonstration de force politique. SADIKI et KISUBA ont été privés de liberté sans chef d’accusation, sans procès, sans l’ombre d’une preuve – simplement pour avoir voulu défendre les droits fonciers des communautés locales, face à l’expansion brutale de Kibali Gold Mine, dont les engins continuent de ravager les terres ancestrales à Watsa et Watsa Moke.

La libération des deux défenseurs ne doit en aucun cas être perçue comme une victoire. Elle n’est ni un aveu d’innocence de la part des autorités, ni une réparation du tort subi. Elle est simplement le résultat d’un rapport de force déséquilibré, dicté par la pression croissante de la société civile, des médias indépendants et des communautés en colère.

Pendant que l’ANR libère à moitié ses otages, Kibali Gold, elle, continue d’opérer illégalement sur des terres déguerpies. Bornage sauvage, déguerpissements sans cadre légal, complicité de certains agents locaux, silence total du ministère du Foncier… À Mangbutu, la colère monte. À Watsa, la résistance s’organise.

Il ne suffit pas de libérer deux militants pour faire oublier l’humiliation, la torture morale, le déni de justice et la crise humanitaire qui se joue à huis clos. SADIKI et KISUBA doivent être réhabilités intégralement, avec restitution immédiate de leurs documents, dédommagements et excuses publiques. Car en République Démocratique du Congo, on ne peut plus accepter que défendre la terre soit un crime, ni que les intérêts miniers soient plus forts que les droits humains.

Par Franck zongwe Lukama

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