Kilalopress 28 août 2025 – Espoir SADIKI SHEMUKOBYA et Da Silva KISUBA MUHIMA sont toujours détenus illégalement dans les cachots de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR) à Isiro, depuis maintenant 58 jours, sans chef d’accusation, sans procès, sans même l’ombre d’une preuve. Et pendant ce temps, la machine destructrice de Kibali Gold Mine tourne à plein régime sur les terres qu’ils cherchaient à protéger.
Leur détention n’a rien d’un malentendu administratif. Elle est le symptôme flagrant d’un système où dénoncer les abus fonciers est devenu plus dangereux que de les commettre. Aujourd’hui, leur sort reste suspendu à un simple ordre du gouverneur du Haut-Uélé, attendu ce vendredi. Un ordre politique, pas judiciaire. Voilà comment fonctionne la justice dans les zones minières de la RDC. Pendant qu’ils pourrissent dans une cellule sans lumière, sans soins et sans droits, leurs familles — et des dizaines d’autres — vivent littéralement dehors. Chassées de leurs terres, elles dorment à la belle étoile, sans abri, sans nourriture, exposées aux intempéries. Plusieurs d’entre elles sont déjà tombées malades. Mais pas une seule réponse des autorités. Pas une tente, pas un médecin. Rien. Le gouvernement, aussi absent que complice, regarde ailleurs.
Ce déguerpissement massif, orchestré sans cadre légal, n’a même pas été porté à la connaissance du ministère du Foncier. Pire encore, les agents de l’État en charge de ces questions ont été délibérément tenus à l’écart. Ce qui se passe à Watsa n’est rien de moins qu’une opération privée déguisée, montée entre le gouverneur du Haut-Uélé et la société Kibali Gold Mine. Le foncier congolais est désormais négocié dans l’ombre, loin des textes, loin du peuple, loin de la loi. Et comme si cela ne suffisait pas, un nouveau front de tensions s’ouvre à Watsa Moke, dans le secteur Mangbutu. La récente implantation des bornes minières PM 50-52 par Kibali Gold dans la zone de prospection a mis le feu aux poudres. La population s’insurge contre ce qu’elle considère comme un passage en force. Des soupçons de corruption planent. Des encadreurs d’orpailleurs et certains leaders communautaires sont accusés d’avoir touché des pots-de-vin pour faciliter l’opération, en contournant la loi minière.
Le site est en ébullition. L’administrateur local, Michel Tasile, a lui-même dénoncé le manque total de communication de la part de Kibali, et reconnu que cette opacité a nourri la méfiance. Les orpailleurs menacent de révéler les dessous des arrangements. La confiance est rompue. La colère gronde. Mais la société minière, elle, reste silencieuse. Et pendant ce temps, les engins avancent. Ce n’est plus seulement une affaire de détention arbitraire. C’est un projet de prédation. Une entreprise minière étrangère trace ses bornes, l’État efface les siennes. Ceux qui dénoncent sont emprisonnés. Ceux qui se taisent sont achetés. Et les communautés, elles, disparaissent.
Espoir SADIKI et Da Silva KISUBA n’ont fait que leur devoir. Le 2 juillet, ils étaient en visite de civilité au bureau de l’administrateur local. Une démarche banale. Un geste de reconnaissance administrative. Mais ce jour-là, ils ont été cueillis, menottés, embarqués, comme des criminels. Parce qu’en République démocratique du Congo, défendre l’environnement est désormais un acte de guerre.
Aujourd’hui, leur liberté tient à une décision politique. Il suffirait d’un mot du gouverneur. Mais ce mot ne vient pas. Parce que tant que les bulldozers creusent, il faut faire taire ceux qui résistent. Voilà pourquoi SADIKI et KISUBA restent enfermés : ils gênent. Ils dénoncent. Ils refusent de se vendre. Pour un interlocuteur de kilalopress; la justice climatique continuera à porter la voix de ceux qu’on tente de faire taire. Parce que si l’or de Kibali brille, le sang et les larmes qu’il laisse derrière lui tachent l’image de toute la République. Et nous ne détournerons pas les yeux.
Par kilalopress