Kisangani, RDC – 2 septembre 2025 – La cage est vide. Et le silence est lourd. Après 71 jours d’alerte, Maria, bébé bonobo arrachée au braconnage, est morte le 20 août dans une indifférence institutionnelle glaçante. Un échec absolu de la conservation en RDC.
Elle s’appelait Maria.
Non, ce n’était pas « juste un bonobo ». C’était un bébé. Une orpheline. Une survivante du braconnage. Un souffle fragile dans un monde brutal. Mais ce souffle s’est éteint. Le 20 août 2025, Maria est morte. De diarrhée. De solitude. De négligence. De silence.
Et maintenant ?
Maintenant il ne reste plus rien.
Rien que du vide.
Une cage vide.
Un silence encore plus assourdissant.
Et cette question : où était l’ICCN pendant qu’un bébé bonobo mourait à petit feu ?

Le 13 juillet 2025, Maria avait été interceptée à Ndjale, dans la province de la Tshuapa. Une saisie administrative. Une vie arrachée à l’enfer du braconnage, pour être enfermée ailleurs — dans un zoo de Kisangani. En chantier. Sans vétérinaire. Sans alimentation adaptée. Sans soin. Une cellule plus qu’une cage, où chaque jour qui passait l’éloignait un peu plus de la vie.
Maria tournait en rond. Les yeux vides. La peau sur les os. Et personne n’agissait. Le 25 août dernier, KilaloPress lançait l’alerte. Nous écrivions :
« Chaque jour qui passe est un jour de plus contre la vie. » Nous avions documenté les irrégularités : un transfert effectué avec un faux document administratif prétendument signé au nom de l’ICCN. Un agent non reconnu. Un Conseil local de sécurité qui dénonçait la falsification. Mais malgré cela, l’homme a été libéré… et le bonobo est resté prisonnier.

Des ONG ont écrit. Des experts ont parlé. Des journalistes ont enquêté. L’ICCN a reçu. Le ministère aussi. Et rien n’a été fait.
Et puis, le 20 septembre, Maria s’est effondrée. Un filet de diarrhée. Un corps déshydraté. Trop tard pour tenter un transfert vers un vétérinaire local, lui aussi absent. Le bébé est mort dans l’indifférence, sans un seul regard apaisant pour l’accompagner.
Quand nous avions interrogé un haut cadre de l’ICCN, il nous avait répondu sèchement :
« C’est une démarche de trop ! » Ce jour-là, on a compris. Ce n’était pas un oubli. C’était un choix. Celui du mutisme. Celui de l’inaction. Celui de la banalisation d’une vie.
Alors, posons la question franchement :
La mort de Maria est-elle le fruit d’un excès de demandes ? Ou d’un manque total d’humanité ?
L’ICCN a-t-elle vu son corps ? A-t-elle pris le temps de se recueillir ? Comprend-elle seulement ce que signifie la mort d’un bébé bonobo sans soins, dans une cage sale, seul, au bout de 71 jours de supplice ?
Nous, on l’a vu.
Et maintenant, vous aussi.
La cage est toujours là, dans le zoo en chantier.
Mais vide.
Un vide qui en dit long. Un vide qui hurle.
Pas d’animal. Pas de soins. Pas d’ICCN.
Alors on se demande : l’ICCN est-elle encore là ? Ou a-t-elle disparu, elle aussi ?
Peut-être nous dira-t-on que « ce n’était qu’un animal ».
Mais Maria était une vie.
Une vie dont la RDC aurait dû être fière de protéger l’avenir.
Et ceux qui ont laissé faire — par paresse, par calcul ou par lâcheté — devront vivre avec cela.
Ou peut-être pas, car il faut une conscience pour cela.

Ce ne sont pas que les intestins d’un petit être qui ont lâché ce jour-là.
Ce sont les fondations entières de la politique de conservation qui se sont effondrées avec elle.
N’essayez pas de rationaliser. Il n’y a plus rien à expliquer.
Tout avait été dit, écrit, envoyé, relayé.
Ce n’est plus un manque d’information.
C’est un refus d’agir.
Et Maria est morte.
Un conservateur congolais nous avait dit, il y a un mois, d’un ton amer :
« Puisque les Congolais ne veulent pas prendre soin de leurs espèces emblématiques, autant les envoyer directement au paradis chez Vantara. »
Trop tard.
Même l’Inde n’aura pas vu Maria.Bravo, l’ICCN.
Soit elle est morte.
Soit elle a disparu.
Mais nous les medias et ami de la nature, nous sommes là.
Et nous n’oublierons pas Maria.
Par Lukama zongwe Franck