Bapakombé, 30 août 2025 – Dans une région à la fois stratégique et vulnérable, aux portes du Parc National des Virunga, 35 défenseurs locaux de l’environnement, parmi lesquels des femmes, des chefs locaux et des représentants des peuples autochtones, se sont réunis à Bapakombé (territoire de Beni) pour une séance de consultation et de mobilisation sur les questions climatiques et de biodiversité. Objectif : renforcer leurs capacités à faire face aux enjeux croissants liés à l’exploitation des énergies fossiles, aux conflits fonciers et à la préservation de leurs moyens de subsistance.
Le choix du village de Bapakombé pour cette activité n’était pas anodin. Cette localité est située dans une zone écologiquement sensible, en bordure immédiate du Parc National des Virunga (PNVi), et fait partie du couloir vert Kivu-Kinshasa. Elle est aussi habitée par des peuples autochtones dont le rôle dans la préservation des forêts est largement reconnu. Cependant, cette région est confrontée à des défis multiples, notamment une insécurité persistante qui a provoqué d’importants déplacements de population, entraînant des pressions accrues sur les ressources naturelles et les terres arables. Dans ce contexte, la mobilisation des défenseurs locaux de l’environnement devient une nécessité urgente pour contrer les projets extractifs et renforcer la résilience communautaire.

Organisée par l’ACEDH (Action Congolaise pour l’Éducation aux Droits Humains), cette rencontre s’est tenue en plein air, dans la concession du Mwami local, sous la houlette du chef de localité, M. Achu Taibu, fervent défenseur de l’environnement. L’événement a offert une plateforme inédite d’échange, où les participants ont été sensibilisés à leurs droits environnementaux et consultatifs, notamment face à des projets d’exploitation pétrolière et minière aux impacts potentiellement dévastateurs. « Il est fondamental que les communautés sachent qu’elles ont le droit de refuser toute activité menaçant leurs terres et leur environnement », a martelé Me Olivier Ndoole, membre de l’équipe de l’ACEDH. Selon lui, l’extraction des ressources fossiles et minières représente une menace directe pour les moyens de subsistance des communautés rurales, principalement basés sur l’agriculture, l’élevage et la cueillette.
L’intervention de Me Eric Kambale a mis en lumière les discriminations persistantes à l’encontre des peuples autochtones pygmées, acteurs historiques de la protection forestière. Il a souligné leur contribution inestimable à la conservation de la biodiversité, tout en dénonçant les menaces et intimidations dont les défenseurs locaux sont victimes. L’ACEDH a réaffirmé son engagement à accompagner juridiquement toute personne menacée ou poursuivie pour ses actions de défense de l’environnement. Plusieurs cas de harcèlement judiciaire ont été évoqués par Me Jean-Claude Bashangwa, illustrant les risques quotidiens encourus par ces militants de terrain. L’organisation a également insisté sur l’importance d’alerter à temps en cas de menace, regrettant que beaucoup de défenseurs ne sachent pas toujours comment signaler les violences dont ils sont victimes.
Le chef de localité, M. Achu Taibu, a lui aussi pris la parole pour dresser un tableau des réalités locales. Il a évoqué les conflits récurrents entre les communautés locales et l’administration du PNVi autour des limites foncières, affirmant que la mise en place récente d’une commission provinciale mixte par le gouverneur du Nord-Kivu pourrait permettre de résoudre ces différends. Il a également souligné le besoin pressant d’accompagnement juridique face aux fréquentes intimidations d’ordre militaire et judiciaire visant les défenseurs de l’environnement de sa juridiction.
Au cours de la session, les participants ont posé plusieurs questions, notamment sur le rôle de l’ACEDH dans l’accompagnement des conflits fonciers, sur la situation des peuples autochtones chassés de leurs terres, ou encore sur les impacts de la monoculture du cacao. Ce dernier point, en particulier, a suscité des inquiétudes : le remplacement progressif des cultures vivrières par le cacao pourrait, selon l’ACEDH, aggraver la famine et mettre en péril la souveraineté alimentaire de toute la région.

Cette consultation, saluée pour sa participation inclusive (équilibre de genre, présence des autochtones, diversité des statuts sociaux), a permis de dresser un état des lieux des besoins des défenseurs locaux. L’ACEDH insiste : l’heure est à la vigilance et à l’appropriation des droits. Les communautés doivent être consultées avant tout projet ayant un impact environnemental ou social majeur.
Cette session s’est clôturée sur une promesse claire : celle de renforcer les synergies entre les acteurs locaux et les structures d’appui comme l’ACEDH, afin de défendre collectivement un environnement sain et des moyens de subsistance durables. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de résistance locale face aux logiques extractivistes et de marginalisation, dans une région encore marquée par l’insécurité et l’activisme des groupes armés.
Par kilalopress