RDC : 2 millions de dollars pour une campagne agricole fantôme l’IGF veut des comptes

À peine transféré du ministère de l’Agriculture à celui du Développement rural, Grégoire Mutshail Mutomb laisse derrière lui une gestion trouble qui attire aujourd’hui l’attention de l’Inspection Générale des Finances (IGF). Selon des éléments recueillis par nos soins, l’IGF envisagerait de diligenter un audit complet sur la campagne agricole 2024-2025, dont la gestion soulève de sérieuses préoccupations internes.

Au cœur des interrogations : l’utilisation opaque de plusieurs millions de dollars alloués pour relancer un secteur vital, mais en agonie. Des documents internes et des témoignages du personnel du ministère de l’Agriculture pointent un manque total de transparence. Aucun projet structurant visible, aucune réforme entamée, et surtout, une mise à l’écart systématique des services techniques pourtant censés piloter les actions du ministère.

L’IGF aurait été alertée par ces anomalies, notamment sur des lignes budgétaires suspectes. Il aurait été prévu près de deux millions de dollars pour des postes aussi divers qu’un affrètement aérien pour le ministre, des fonds spéciaux pour les 26 provinces ou encore le transport des membres d’une commission. Or, selon les informations disponibles à ce jour, aucune de ces activités n’a été menée à bien. Les dépenses, elles, semblent bel et bien avoir été engagées.

Plus grave encore, des sources au sein du ministère ont révélé que la gestion des intrants agricoles – des éléments pourtant essentiels pour garantir une campagne agricole efficace – aurait été confiée à un simple intendant de cabinet, sans concertation avec les services spécialisés du ministère. L’IGF y voit un dysfonctionnement grave, symptomatique d’une prise de décision centralisée, arbitraire et susceptible de favoriser des malversations.

Le contraste est saisissant entre les déclarations publiques de l’ancien ministre, qui a dressé un bilan positif de son mandat en évoquant la stabilisation des prix agricoles, la lutte contre la dépendance alimentaire et le lancement d’une nouvelle loi semencière, et la réalité décrite par ses anciens collaborateurs. Pour l’IGF, ces contradictions méritent d’être éclaircies.

Derrière les chiffres et les dossiers, une réalité dramatique : la situation agricole en RDC continue de se dégrader. La dépendance aux importations ne faiblit pas, les prix alimentaires explosent, et les paysans restent abandonnés face à un État qui promet mais ne livre rien. Pour l’IGF, il ne s’agit plus seulement de pointer des écarts budgétaires. Il est question de responsabilité publique et de sauvegarde d’un secteur stratégique.

L’Inspection considère également que ce cas n’est peut-être que la partie émergée d’un iceberg bien plus large. Dans les couloirs de l’institution, certains n’excluent pas de recommander une évaluation similaire dans d’autres ministères où des budgets sectoriels importants sont engagés sans contrôle rigoureux.

Car si la passation de pouvoirs entre ministères continue de s’opérer sans audits, sans redevabilité, sans confrontation aux faits, alors c’est l’ensemble de la gouvernance publique qui devient vulnérable. Le cas du ministère de l’Agriculture pourrait ainsi servir de déclencheur. Selon plusieurs observateurs proches de l’IGF, une telle démarche, appliquée à d’autres secteurs clés comme la Santé, l’Éducation ou les Infrastructures, permettrait de révéler l’étendue des failles dans la gestion publique.

En attendant, l’Inspection Générale des Finances se prépare. Elle veut comprendre comment des millions ont été engagés sans impact visible, pourquoi les structures compétentes ont été ignorées, et comment un ministre sans bilan tangible a pu quitter son poste sous les applaudissements. Pour l’IGF, la mission est claire : mettre fin à la culture de l’impunité budgétaire. Et rappeler à chacun que la gestion de l’État n’est pas un exercice de communication, mais un contrat avec la Nation.

Par kilalopress

Un commentaire sur « RDC : 2 millions de dollars pour une campagne agricole fantôme l’IGF veut des comptes »

  1. Le mal est profond. Vous l’avait insinué quelque part en disant que : …..ce cas n’est peut-être que la partie émergée d’un iceberg bien plus large. C’est vrai. Tout le monde cherche à mettre le plein ses poches. Le ministre est parti laissant derrière lui des problèmes graves de non paiement des agri-multiplicateurs (les délégations des différentes provines sont ici) sur la place à KIN). Ces derniers sont criblés des dettes et certains entre eux ont perdu leurs par manque d’argent. A propos, leur paiement est conditionné au niveau du ministère de Budget (le fameux 30 %)à croire les ont dit. Ce sont eux qui fournissent de semences auprès des ménages agricoles et autres. Sans semence de bonne qualité et des autres facteurs de production, pas de meilleurs rendements/productions.
    Une chose vraie est que la politique tue l’administration publique. A chaque changement de gouvernement, le ministre qui arrive vient avec son équipe et travaille sans consulter les services spécialisés et si consultation il y a, c’est de façade. On en a marre. Que le Seigneur nous aide.

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