À Muanda, ville côtière où la forêt dialogue avec l’océan et les activités humaines, un exercice discret mais structurant s’est tenu autour de l’avenir forestier de la République démocratique du Congo. L’atelier d’évaluation consacré à la gestion durable et inclusive des ressources forestières s’inscrit dans un moment charnière : le pays a engagé l’élaboration de sa Politique forestière nationale (PFN), un cadre appelé à orienter, pour les prochaines années, les choix publics dans un secteur à la fois vital pour les équilibres écologiques et déterminant pour les économies locales.
Derrière les échanges techniques, l’enjeu est de taille. Il s’agit d’anticiper, en amont, les effets environnementaux et sociaux que pourrait entraîner la mise en œuvre de la PFN. C’est précisément l’objectif de l’Évaluation environnementale et sociale stratégique (EESS), conçue comme un outil d’aide à la décision publique, mais aussi comme un mécanisme de prévention des risques et de dialogue avec les territoires. Selon des acteurs impliqués dans le processus, cette démarche vise à éviter que les orientations nationales ne se traduisent, sur le terrain, par des déséquilibres écologiques durables ou des tensions sociales mal maîtrisées.
La facilitation de l’atelier a été assurée par Assistance et conseil en gestion environnementale et sociale (ACOGES), agissant en qualité de consultant du ministère de l’Environnement. L’organisation explique vouloir associer étroitement les parties prenantes nationales et provinciales au processus d’EESS, en tenant compte des réalités locales, souvent négligées dans les politiques sectorielles élaborées à distance des territoires. À Muanda, cette volonté s’est traduite par la présence conjointe d’acteurs de la société civile et d’autorités politico-administratives, invités à confronter leurs expériences, leurs attentes et leurs préoccupations.
Pour Moïse Bolamu, chef de mission et expert en évaluation environnementale, les objectifs poursuivis vont au-delà d’un simple exercice de consultation. Il s’agit, selon lui, de recueillir de manière structurée les avis, préoccupations et recommandations des parties prenantes afin d’améliorer à la fois la qualité et la pertinence de l’Évaluation environnementale et sociale stratégique, mais aussi la cohérence globale de la Politique forestière nationale. Cette articulation entre expertise technique et contributions locales apparaît, aux yeux de plusieurs observateurs, comme l’un des leviers essentiels d’une gouvernance forestière crédible.
Les travaux ont ainsi poursuivi plusieurs finalités complémentaires : informer les participants sur le contenu, la vision et les orientations stratégiques de la PFN ; identifier de façon claire les impacts environnementaux et sociaux potentiels — positifs comme négatifs — liés à sa mise en œuvre ; formuler des recommandations jugées pertinentes et opérationnelles pour renforcer les mesures de prévention, d’atténuation et de valorisation des impacts ; et collecter de manière méthodique les contributions des parties prenantes, destinées à être intégrées dans le rapport final de l’EESS. À en croire certaines analyses partagées lors des échanges, cette étape conditionne largement l’appropriation future de la politique par les échelons nationaux et provinciaux.
Organisés en travaux de carrefours, les groupes de discussion ont réuni, dans chaque espace, des représentants de la société civile et des autorités politico-administratives. Cette configuration a favorisé des échanges directs, parfois contrastés, mais nécessaires pour faire émerger des conclusions communes. Les recommandations issues de ces travaux devraient conduire à l’adoption de conclusions partagées, présentées comme une étape clé pour renforcer l’appropriation nationale et provinciale de la PFN et consolider les résultats de l’EESS.
Au-delà de l’événement lui-même, les participent estiment qu’une évaluation environnementale et sociale stratégique conduite de manière inclusive peut contribuer à une gouvernance forestière plus équilibrée, capable de concilier conservation des écosystèmes, impératifs économiques et droits des communautés riveraines. À Muanda, selon des sources locales, l’enjeu est désormais que cette dynamique participative autour de la Politique forestière nationale ne reste pas un exercice ponctuel, mais qu’elle s’inscrive durablement dans la manière dont la République démocratique du Congo conçoit, met en œuvre et évalue ses politiques forestières.
Par kilalopress